SCULPTURE - MONUMENTS FUNEBRES
un tombeau en pierre de grès que le régent dHalberstadt. Frédéric de Brandebourg, fit exécuter en 1558. Adam et Eve sont représentés debout, près dune colonne où senroule un serpent: la Mort les enchaîne; à gauche, un démon joue de la mandoline; au centre, un autre démon inscrit avec une visible satisfaction les péchés du prince ; au-dessus du monument s'élève la statue de Frédéric, de grandeur naturelle; à sa gauche, la Miséricorde déchire la liste accusatrice: le Christ, portant létendard de la victoire, enchaîne la Mort et le démon'. On plaçait quelquefois jusque dans les cimetières des statues d'un tout autre genre, caractérisant très bien le goût artistique de l'époque. Dans la partie la plus digne d'admiration du célèbre cimetière de Halle, des statues indécentes de femmes nues, entourées d'enfants rieurs, de fleurs, de fruits, de feuillages, étaient placées sous les yeux des parents, des amis venus pour visiter les tombes de leurs morts aimés -.
Les fontaines fastueuses élevées à la même époque témoignent également du goût du siècle pour tout ce qui éblouit les yeux. L'une des plus heureusement comprises est celle que Hans Krumper, architecte de Weilheim, exécuta pour la cour du palais de la résidence, à Munich. A Nuremberg, Benedict Wurzelbauer fondit, en 1589, la fontaine érigée devant l'église de Saint-Laurent. Elle représente la Justice et six autres Vertus, entourées de j eunes musiciens j ouant de divers instruments. La composition et les statues sont tout à fait dans le goût maniéré de l'époque =. On ne peut s'empêcher de comparer cette œuvre à la « Belle fontaine >> qui décore la place de Notre-Dame, monument élevé à l'époque du plus bel épanouissement du gothique par un simple tailleur de pierre, que n'avaient point encore perverti « le beau savoir et la manière antique welche * >■ . A côté de ce chef-
' FlORILLO, t. II, p. 1.59.
- •< C'est le plaisir sains frein de vivre, » dit Schönermark, « que le maître nous prêche par le langage d'un art purement décoratif, et jusqu'au milieu des tomb'^aux. C'est, s'il est permis de parler ainsi, un hellène ressuscité, comprenant l'humanité du Christ, mais aüranchi du Christianisme de l'humanité. « Lübke {Renaissance, t. II. p. 360) croit trouver la preuve du goût éclairé des habitants de Halle pour l'architecture dans les sculptures de ce cimetière. Il y voit aussi la manifestation d'une vie religieuse intense. Les pilastres et tous les interstices sont, selon lui, couverts d'ornements du meilleur style. Il admire encore dans les sculptures de Halle une grande unité dans l'ornementation, un don d'invention extraordinaire. Schonermark (p. 224-22.";; se montre moins enthousiasmé, et fait ressortir le mesquin et l'affecté de lœuvre. ■■ Du côté de l'ouest, les motifs sont empruntés à la technique de la métallurgie, transporlc-e à la pierre. On y voit des vis, des écrous, des clous entremêlés à des guirlandes de fleurs et de fruits, à des draperies, à des figures, des masques, des monstres, le tout confondu et tenant trop de place, car l'ornement, quelle que soit sa variété, ne doit jamais prétendre être autre chose que Vinventton et le travail d'un ouvrier. «
3 Waagen, Kunst und Künstler, t. I, p. 251.
* Voy. SiGHART, p. 394-39Ö. La fontaine représente une tom- à trois étages; elle