DÉCADENCE DE LA PEINTURE — PEINTRES VERRIERS
originalité à mesure qu'il subit davantage l'influence de l'Italie. Christophe Amberger, non moins bien doué que lui. perd de même, par une imitation inintelligente de lart italien, son ancienne vigueur, son inspiration élevée et profonde, et devient confus et maniéré. Hans SchäuffeUn tombe comme lui dans la banalité, et Georges Penz, à son retour d'Italie, na plus ni chaleur ni originalité'. Seul, Adam Elzheimer, de Francfort-sur-le-Mein, reste ce qu'il était; aussi n'est-il pas apprécié de ses contemporains, et lutte-il jusqu'à sa mort contre les difficultés de l'existence-. La peinture monumentale, dans les rares occasions qu'elle a de se produire, ne cherche plus qu'à flatter les grands, et devient froidement pompeuse.
Quant à la peinture sur verre, dont l'épanouissement, au quinzième siècle, avait été si magnifique, elle perdit toute signification aussitôt qu'elle eut été bannie de l'église. Séparée de l'architecture, à laquelle elle avait été, jusque-là, étroitement unie et très humblement soumise, elle prétendit vivre indépendante, et ne put éviter la virtuosité, l'exagération. Bientôt elle ne fut plus qu'une vaine décoration, complètement dénuée de goût^ Cependant, de temps à autre, elle produisait encore un chef-d'œuvre. Citons par exemple les admirables vitraux de Sainte-Gudule, à Bruxelles, et les verrières exécutées durant la seconde moitié du seizième siècle dans les cloîtres de Muri, de Rathausen et de Wettingen, en Suisse. « Le peintre de la noble abljaye de Wettingen peignit en soixante vitraux divers événements de l'histoire sainte mêlés aux faits principaux de l'histoire nationale, et son patriotisme y a fait entendre, par l'image, un langage plein de chaleur et de vie *. » Vers la fin du siècle, le célèbre peintre verrier suisse Christophe Maurer, enrichit Nuremberg d'un certain nombre d'excellents ouvrages, entre autres de quatre vitraux représentant la parabole de l'Enfant prodigue ^ L'artiste était bien de son temps, car il s'est représenté lui-même, dans un vitrail, couronné de lauriers, assis devant un chevalet sur lequel
' "Voy. SiGH.\RT, p. 600 et suiv. ; Weise, Z)(j/er ttnd sein Zeil alter, p. 85; W.\agen, Kunst und Künstler, t. II. p. 67; Waltmann, Holbein, t. II, p. 368-369.
2 M. Seibt, a. Elzheimer's Leben mid Werken, Francfort-sur-Ie-Mein, 1883; BoDE, Studien, p. 261-272, 310-311; Rathgeber. Gallerie, p. 263. « Complètement oublieux du Cinquecento italien, le goût allemand se porta avec prédilection vers les écleetistes du quinzième siècle, et surtout vers l'École du Caravage, dont la rudesse à effet avait tout particulièrement séduit les jeunes artistes du nord. La virtuosité quelquefois sans âme, la perfection technique de l'art italien, à cette époque, émerveillèrent les Allemands, et leur apparurent comme des dons excellents qu'il importait surtout de rapporter dans leur patrie » (Reber, Gesch. der neuen deutschen Kunst, p. 8-9).
' Voy. natre premier volume, p. 171-173.
* C'est Holbein qui le premier introduisit l'art de la Renaissance dans la peinture sur verre (Voy. Zahx. lahrbucher, t. I, p. 24; voy. p. 28-29).
'" LÜBKE, Kunsthislor. Studien, p. 404.