PEINTURE SUR VERRE
est posée une toile représentant Vénus'. En général, les anciennes traditions de l'art religieux ne dirigent plus les artistes; ils ont maintenant l'esprit du monde. Le donataire^ comme autrefois, n'est plus représenté humblement prosterné au bas d'un vitrail avec sa femme et ses enfants; il apparaît, au contraire, au centre; on voit à côté de lui ses armoiries, il s'entoure de tout ce qui peut donner une haute idée de sa personne. L'histoire biblique ou la légende ne sont plus là que pour rehausser l'individu ^. En Suisse^ la peinture sur verre resta longtemps très en vogue '. A Zurich, entre 1580 et 1600, on ne comptait pas moins de vingt-sept peintres verriers établis dans la ville; à Schaffhouse^ seize; à Bâle, neuf'*. Plus, proscrivant les anciennes conceptions religieuses, « l'art antique welche » pénètre et triomphe, plus les artistes verriers manquent d'inspiration et d'âme. Une rhétorique froide et embrouillée les égare ^; les allégories les plus compliquées sont à la mode. Aux saints patrons de la famille, on substitue les Vertus, habillées à l'antique ".
Dès le milieu du seizième siècle, on commence à se plaindre de la mauvaise qualité des matériaux employés par les artistes. Après que Paul Dax, en 1554, eut envoyé d'Inspruck les vitraux qui lui avaient été commandés pour Ihôtel de ville dEnsisheim, on ne tarde pas à s'apercevoir que la plupart « n'ont pas été fondus, et qu'en jjeaucoup d'endroits, on s'est servi de couleurs de mauvaise qualité qui ne supporteront pas le mauvais temps ». En 1575, le conseil d'Inspruck se plaint « des vitraux de maître Thomas Neidhort, et de la mauvaise qualité de ses couleurs » . Il est vrai que le salaire des pauvres peintres n'était guère proportionné à l'importance des travaux qui leur étaient confiés. Paul Dax, pour chaque vitrail, recevait du conseil d'Ensisheim 5 florins seulement. En Alsace, afin d'empêcher que les artistes étrangers ne leur fissent concurrence, les peintres verriers allèrent jusqu'à fournir un vitrail pour la modique somme de deux florins''. Au siècle suivant, l'art de la peinture sur verre ^ disparaît complètement ".
' ScHORN, Kunstblatt, t. XIV, p, 74-78.
ä Andresen, t. m, p. 228.
^ LiJBKE, Kunstliistor. Studien, p. 426.
* Voy. M. A. Ge-ssert, Gesch. der Glasmaleret in Deutschland (Stuitgârd, 1839), p. 110 et suiv. « Au point de vue décoratif, « dit Ralin(p. 701-704), « les cycles du seizième siècle sont de beaucoup inférieurs à ceux du quinzième. »
^ Voy. l'article de H.-E. v. Berlepsch dans les Beil. zur A llgem. Zeitung, 1887, n» 14.
« Voy. V. Zahn, lahrbücher, t. I, p. 30-31.
■^ Sur les allégories de Christophe Maurer, voy. Andresen, t. III, p. 225-226.
^ LÜBKE, Kunstliistor. Studien, p. 460. Abel Stimmer exécuta des peintures à même sur verre (Andresen, t. I, p. 62). Dans le Brandebourg aussi on peignit par le même procédé des armes ou de petits personnages (Bergau, Brandenburger Inventar, p. 79).
* « Avec la méconnaissance des lois de l'ancien style, avec l'oubli total du sens