‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 368 sur 573 · PEINTURE SUR VERRE · texte numérisé non relu

PEINTURE SUR VERRE

Bien avant que les peintres allemands n'allassent chercher de nouvelles inspirations en Italie^, les Hollandais les y avaient précédés. A l'époque où ils commençaient à passer les Alpes, nulle révolution religieuse ou politicjue n"avait troublé leurpays^ et Técole des frères van Eck y avait encore de brillants représentants. Il suffirait, pour le prouver, de nommer Quentin Massys (-J- 1529). Les bonnes traditions se maintinrent plus longtemps encore à Bruges; plusieurs tableaux de Pierre Claessens et de ses deux fils sont dignes de van Eyck et du maître allemand llans Memling'. En Hollande, Pierre Purbus, de Gouda, suit la même voie; son tableau de la Transfif/urdtion, qu'on voit encore à l'église Notre-Dame (1573), peut très bien soutenir la comparaison avec une œuvre de Memling-. « Purbus, » dit le peintre et critique d'art Charles de Mander, « ne pouvait se lasser dadmirer et de louer l'œuvre de Memling ^ » Ces artistes appartenaient tous, comme les anciens maîtres, à la petite bourgeoisie. Animés d'un saint zèle pour la gloire de Dieu, ils étaient irréprochables dans leurs mœurs. Van Mander dit de Franz Purbus, fils de Pierre, « qu'il était si courtois, et d'un commerce si plein d'urbanité, qu'on aurait pu l'appeler l'urbanité même. « Jamais il ne quitta son pays natal*.

Plusieurs autres peintres des Pays-Bas, comme Jean Schoreel. Jean Mabuse, Martin van Been, firent de l'excellente peinture aussi longtemps qu'ils travaillèrent dans l'esprit de l'ancienne école nationale^; mais dès qu'ils ne virent plus dans l'art du passé qu'un art suranné, et partirent pour l'Italie afin d'y puiser des idées nouvelles, ils devinrent de froids et ennuyeux virtuoses, en

élevé et de la haute mission de l'art, commence, dans la technique, une ère de véritable décadence. Il est triste d'assister, pour ainsi dire, au dernier soupir de l'art du peintre verrier, en regardant les armes, les emblèmes, les ornements des vitraux ternis et elTacés de cette iiériode » (Carl von Rosen, Baltisclien Studien, t. XVII, p. 182. Voy. W.^AGEN, Malirei, t. 1, p. 331, 832; Kugler. Kleine Schuften, t. III, p. 493; Abry, p. 298-299). Cependant une partie des vitraux exécutés depuis 160o dans le cloître des Capucines, à Sainte-Anne de Bruch, près Lucerne. se distinguent encore par une profondeur, un éclat, une harmonie de couleurs bien rares à cette époque (Voy. Schneller, dans le Geschichtsfreund (Einsiedeln, 1860), t. XVI, p. 177-186).

' Voy. le catalogue des treize tableaux des Claessens dans Michiels, t. III, p. 352-363. A propos de l'un d'eux f£a:ec((//oH d'un condamni-), Michiels écrit : « On dirait que le génie de Memling a passé un moment dans l'âme du peintre et qu'elle a fait éclore, dans son atelier, cette fleur merveilleuse, dernier souvenir des anciens jours. »

- Michiels, t. III, p. 341-362. On y trouvera la liste des cinquante tableaux de l'artiste.

' V. Mander, f. 204''. Voir l'éloge de cet artiste, p. 287«.

* Ibid., p. 257''. Voy. Roqses-Reber, Gescli. der Malerschule Antwerpens (Munich, 1881), p. 108.

* Voy. sur ce point V. Wurzbach, dans Lutzow, Zeitschrift, t. XVIII, p. 54-59; Michiels, t. III, p. 64-65, 223-â27, où quelques tableaux de ces artistes, exécutés avant leur départ pour l'Italie, sont comparés aux œuvres postérieures. Sur Schoreel, voy. aussi Bode, Studien, p. 7-10.

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