‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 370 sur 573 · PIERRE — PAUL RUBENS · texte numérisé non relu

PIERRE — PAUL RUBENS

pour le puissant;, le rude, aussi bien que pour l'effrayant et Thorrible, fait de lui le vrai fils de son siècle. Beaucoup de ses tableaux religieux, par exemple V Élévation de la croix iiQiO) et la Descente de croix (i6ii). qu'on admire encore dans la cathédrale d'Anvers, témoignent d'un puissant génie dramatique, d'un talent d'exposition non pareil, mais rarement d'un profond sentiment religieux '. Comme fécondité et diversité de style, c'est à peine s'il a jamais eu de rival. Il exécutait avec une telle promptitude ce que lui montrait son imagination que, sous ce rapport, nul artiste ne peut se mesurer avec lui. Son grand tableau de l'Adoration des rois, qu'on voit au Louvre, fut achevé en treize jours; le tryptique de la Descente de croix ne lui demanda que vingt-cinq jours de travail ; pour le premier de ces chefs-d'œuvre, il reçut 1,300 florins; pour le second, 2,300 -; il estimait à 100 florins un jour de son travail, somme prodigieuse comparée au misérable salaire que touchaient les peintres à la même date, soit à la cour impériale, soit chez les princes. Jean d'Aix-la-Chapelle, maître de grand talent ' et peintre ordinaire de Rodolphe II, touchait un traitement mensuel de 23 florins seulement, tandis que l'exorciste attitré de l'Empereur. l'Anglais Kelley, était comblé de biens, et que l'alchimiste polonais, Michel Sendiwo'i, en grande faveur auprès de Rodolphe, recevait de si riches dons qu'en peu de temps il se voyait en état d'acquérir une maison de ville et deux grandes propriétés à

' « Lorsque, dans ses tableaux religieux, Rubens veut émouvoir, il tombe aussitôt dans un Taux pathos, qui ne touche point, dans la déclamation, l'exagération des gestes, les contorsions de tête et de corps. Au fond, aucun de ces mouvements ne semble provenir d'un sentiment vrai. On voit à Vienne une Madeleine de lui qui se tord les mains et repousse du pied un cotïret rempli de bijoux. C'est une pécheresse déçue, abandonnée, ce n'est pas une pénitente, ou bien, elle joue la comédie. Les Apôtres de la pinacothèque de Munich ne sont que des saints de tliéàtre. De l'Assomption de Marie, ce sublime symbole de l'immortalité de l'âme, sujet traité avec tant de vénération et d'amour par l'art ancien, Rubens n'a jamais su tirer que des effets de ciel. La Vierge s'élève au-dessus de la terre avec d'invraisemblables contorsions de tous ses membres: d'innombrables troupes d'anges accompagnent son ascension à travers les nuages. Mais nulle part Rubens n'a autant prodigué les eflets de théâtre que dans sa Sainte Catherine. La sainte tient une épée nue dans sa main gauche, son pied gauche est posé sur la roue. Sa tète est couverte d'un voile llottant, rejeté en arrière d'une façon peu modeste. Elle se dispose à prendre place parmi les saints avec un geste de tragédienne, ou plutôt de danseuse » (Förster, t. III, p. 95-96). Les principaux traits de la vie de Marie de Médicis, reine de France, sont également (dans un autre genre) traités à la mode du temps. « Les dieux et déesses de l'antique Olympe, qui vont présider aux destinées de la reine, s'incarnent dans des corps flamands lourds et épais. Apollon, Minerve, Mercure et les Grâces, dirigent son éducation. Le dieu Hymen tient, à l'église, la queue de l'illustre épousée. Des tritons et des néréides entourent, en dansant follement, le navire dont elle descend pour aborder au sol de France » (Kugler. Kleine Schriften, t. III, p. 478-479). Sur P. Rubens et ses tableaux religieux, voyez aussi l'excellent article de Keppler, dans les Hist. pol. Blätter, X. XLV, p. :286 et suiv.

* Voy. LÜBKE, Kunstwerke, p. 432.

' Voy. V. Mander, t. 289-290; Morlo, Nachrichten, p. 1-14.

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