PAUL RUBENS — PEINTRES DE COUR
la campagne '. Le flamand Barthélemi Spranger (f 1615?)^ lui aussi peintre de cour, touchait les mêmes appointements que Jean d'Aix; il est vrai qu'il avait été anobli par l'Empereur. C'était un des meilleurs peintres « manicristes » de son tempS;, la vraie caricature de Michel-Ange, qu'il s'imaginait imiter-. Il peignait et dessinait dieux et déesses, héros historiques ou mythologiques avec la même infatigable ardeur^. Au sommet d'un arc de triomphe construit sur l'ancienne place du marché des paysans, à "Vienne, il plaça les statues de Maximilien et de Rodolphe entre celles de Neptune et de Pégase *. Le Jugement dernier, qu'il peignit pour le Pape Pie V, passe pour un de ses meilleurs ouvrages ; mais là aussi, on regrette l'exagération ; on y compte plus de 500 personnages ^ Par « la masse des personnages », on s'imaginait atteindre au grand art*. Les peintres de genre et les paysagistes suivent les mêmes errements. Dans la Danse de village, de Jean Breughel, l'artiste a réuni plus de deux cents personnages''. Les peintres entassaient un si grand nombre de figures dans leurs paysages que l'amusement de les compter était Tun des plaisirs favoris des amateurs ^
Les peintres les plus renommés de la cour de Bavière étaient : Muelich (de Munich) (f 1573), Christophe Schwartz (des environs d'Ingolstadt, t 1596) et Frédéric Susteris (d'Amsterdam, tl599)^ Muelich est l'un des meilleurs miniaturistes de son temps. Ses esquisses pour des vases ou des objets d'ornement sont d'un goût achevé. C'est lui qui a peint, en collaboration avec Schwartz, le célèbre autel à volets de l'église Notre-Dame à Ingolstadt, dont- les panneaux résument presque tout l'enseignement dogmatique et moral de la religion chrétienne. Les étudiants des facultés de philosophie et de théologie s'étaient réunis pour commander ce grand travail, fait qu'il est intéressant de noter au point de vue de l'union de l'art et de la science '*. Muelich s'inspira toujours des traditions des anciennes
1 SvATEK,p. 81, 241. Depuis 1600, Jean d' Aix touchait un traitement de 600 llorains. Voy. Ilg, Kunstgeschichte Characterbilder, p. 219.
'î Rathgebek, p. 28.5. Micliiels (t. IV, p. 25) dit: « La langue est trop pauvre pour décrire l'affectation de Spranger. » Voy. Ilg, Kunstgeschichte, Characterbilder, p. 218.
s Voy. sur la liste dans Rathgeber, p. 362-364, n»» 2094, 2160.
* Rathgeber, p. 362, n' 2103.
^ Ibid., p. 367, n° 2202.
"On compte d'innombrables personnages dans le Portement de Croix de Pierre Breughel l'ancien et dans sa Tour de Babel (1563), galerie de Vienne (Lotz, t. II. p. 570).
■^ Descha.\)ps, p. 381.
* Rathgeber, Annalen, p 298.
"M. Zi.MMERMANN, Hans Muelich und Herzog Albrecht V. von Baiern (Munich, 1885). Le Jahrbuch für Miinchener Gesch. de Fr. Trautmann, contient des informations variées sur les maîtres du vieux Munich. Voy. t. I, p. 1-74.
'0 Ree, p. 20-21 ; Sighart, p. 708 ; Lotz, t. II, p. 193.