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SALAIRE DES ARTISTES

exigence était encore modeste pour le temps. Mathieu Schwartz, bourgeois d'Augsbourg, se fit « pourtraiter » 137 fois, et son peintre dut le représenter depuis les jours où, « dans le ventre de sa mère, il était encore caché, » jusqu'à la soixante-troisième année de son âge (1560). et cela danstoutesles positions, dans tous les costumes imaginables; deux fois complètement nu, vu par devant, vu par derrière; à l'âge, nous dit la lettre de commande, « où il est devenu gros et replet. » « L'amour lui ayant conseillé de faire, sur le tard, une folie, » et d'épouser une jeune flamande, « il se fit peindre dans un somptueux habit, l'air soucieux, se grattant l'oreille, et semblant réfléchir profondément à la sottise qu'il était sur le point de commettre. A l'âge de dix-neuf ans, son fils Conrad Schwartz avait été déjà quarante et une fois i immortalisé par la peinture ' » .

« Le bel art du portrait étant ce que la peinture peut produire de plus noble et de plus sublime, on comprend aisément que les altesses sérénissimes, les grands seigneurs, leurs épouses, tous ceux de leur famille, et aussi les particuliers, n'aient rien tant à cœur que de faire représenter leurs personnes au moins deux fois par an'. » On a trente portraits différents de l'Électeur Auguste de Saxe^

Ce que recevaient les artistes pour « les innombrables portraits » qui ornaient les châteaux ou servaient à faire des présents aux princes étrangers, aux parents, aux amis, fait supposer que les princes et grands seigneurs avaient, à cette époque, bien peu d'exigence artistique. L'Électeur Joachim I" de Brandebourg paya 18 groschen son portrait peint sur or (1533). Joachim IL son successeur, paya 4 thalers et 12 groschen les portraits du roi de France, du duc d'Albe et de l'empereur Maximilien *. Pour la galerie de portraits du duc de Poméranie, chaque copie est estimée 3 thalers ^ Lucas Cranach, en 1532, reçoit 8 florins pour deux portraits de l'Électeur de Saxe •*; plus tard, les prix baissèrent encore. Pour « cent vingt panneaux ornés de portraits de princes, un peintre de cour ne reçoit que 109 florins et 14 kreutzer; ainsi deux panneaux ne lui rapportent même pas 2 florins ^ Lorsque Lucas Cranach le jeune, « avec beaucoup d'habileté et de savoir, » eut peint, sur l'ordre d'Auguste de Saxe, un certain nombre de portraits représentant les ancêtres du duc, il se hasarda à demander 5 thalers par portrait;

' Pour plus de détails, voy. v. Zahn, Jahrbücher, t. IV, p. 129-134. - Von der Werlle Eitelkeit, f. C. ^ Ebeling. p. 18, note 10.

* MoEHSEN, Gesch. der Wissenschaften, p. 497, note 6 5 Ballische Studien, t. XX, p. 122-123.

* Richard, p. 370.

Lindau, Cranach, p. 272.

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