‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 376 sur 573 · GRAVURE SUR CUIVRE ET SUR BOIS · texte numérisé non relu

GRAVURE SUR CUIVRE ET SUR BOIS

Tandis que la peinture tombait peu à peu dans un si déplorable abaissement,, la gravure perdait toute importance artistique. Aussi longtemps quils furent à la fois auteurs et reproducteurs de leurs œuvres, les graveurs avaient été en grand honneur. Linspiration de Martin Schön, de Dürer ou dllolbein était aussi profonde, aussi puissante que leur main était habile ; au lieu que dans les œuvres de leurs successeurs, la technique joue un plus grand rôle que l'idée; ce qui est 1 essentiel va tous les jours en s'affaiblissant. L'aride métier 1 emporte enfin définitivement sur l'art et, dans la plupart de leurs productions, les graveurs ne se proposent plus que le gain.

L influence de Dürer se fit sentir quelque temps encore, mais aucun des élèves et des imitateurs de ce grand maître ne posséda jamais, même en une faible mesure, « cet intime don du cœur » qui n'est qu'à lui. A mesure que son souvenir s'efïace, l'art allemand perd toute originalité. Cependant Hans Sébald et Bartel Beham, ses disciples immédiats ', font encore preuve, lorsqu'ils reproduisent la nature, de fidélité et de goût; leur génie inventif se révèle dans les dessins d'ornements ; la plupart étaient utilisés par les grands orfèvres de l'époque. « Les deux Beham, Jacques Binck, Georges Penz et Albert Altorfer dessinaient presque toujours d'après la vie, » dit Quaden von Kinckelbach, « tandis que chez ceux qui vinrent après eux, Cornélius Bosch, Cornélis Mathis, Virgile Solis et autres, la vie se perd peu à peu, la routine, le superficiel la remplacent. » Enfin l'imagination s'affranchit de tout ce qui la gène, et l'art ancien tombe dans le plus profond mépris *. Toute l'ambition des artistes se réduit à bien imiter les modèles italiens; ou bien, comme Henri Goltzius, l'artiste habile et fécond, ils se font admirer par des compositions

' Voy. Seibt, p. 6 et suiv.

^ Quaden von Kinckelb.ach, p. 430-431; voy. p. 403. « Le goût pour les sujets païens, pour la forme autique, pour la figure humaine prise isolément, goût qui dégénère, d'un côté en de froides académies, et de l'autre en obscénités, pénétra en Allemagne par les jeunes graveurs de Nuremberg » (M. Fried- LANDER, A. AUdorfer, Leipsick, 1891, p. %i). « L'appel de la sirène, parti de la terre de l'antique idéal de beauté, amena cette transformation ; l'Ecole de Nuremberg a livré l'art allemand tout entier aux pièges tendus par la manière » (C. V. Lltzqw, Gesch. der deutschen Kunst, t. IV, p. 198).

Page 1