‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 378 sur 573 · GRAVÜRE SUR CUIVRE ET SUR BOIS · texte numérisé non relu

GRAVÜRE SUR CUIVRE ET SUR BOIS

ornementées^ les gravures semblent Tindispensable complément d'une publication, soit religieuse, soit populaire. Auteurs et éditeurs les échangeaient souvent entre eux. Dans les livres de controverse dont les auteurs se combattent avec le plus d'acharnement, il n'est pas rare de trouver les mêmes gravures. La Bible traduite par Luther (1333-1534; et la Bible catholique de Dietenberger, publiée à la même époque, sont ornées de gravures identiques ' .

Les catéchismes et manuels de prières de Canisius sont, plus que tous les autres livres de piété ou d'enseignement, ornés de très nombreuses gravures sur bois. Son grand catéchisme, imprimé à Dillingen en 1573, plus tard augmenté d'un recueil de prières, en contient 88. La traduction du petit catéchisme latin pubhéà Augsbourg en 1613, en contient 404. Dans une traduction française éditée l'année suivante, on en compte 84; une autre, imprimée spécialement pour la Chine (1617), en a plus de 100^.

Les centaines de dessins composés par Virgile Solls pour la traduction de la Bible de Luther (1561), et par Tobie Stimmer pour l'édition deBâle(1507), ne donnent pas une haute idée de l'imagination de leurs auteurs, bien qu'on ait souvent vanté « leur délicatesse et leur ingéniosité » . A peine si l'on pourrait y signaler une seule inspiration élevée ^ Dans les deux éditions, les gravures représentant les prophètes sont d'une pitoyable médiocrité. Lorsque Stimmer veut représenter Isa'ie, le voyant sublime dont les paroles, éclatantes comme le tonnerre, annonçaient aux puissants et au peuple d'Israël les châtiments réservés à leurs iniquités (dans un temps qui avait l)eaucoup d'analogie avec le seizième siècle), il nous montre un vieillard débile, auquel un ange chétif présente, au bout d'une pincette, un charbon enflammé, tandis qu'à l'arrière-plan un autre vieillard à longue barbe. Dieu le Père, revêtu des insignes de la dignité royale, contemple ce spectacle d'un visage impassible. Jean Fischart, chargé « d'expliquer les gravures dans des rimes agréables, pour le plaisir des cœurs pieux et remplis de la crainte de Dieu », commente comme il suit ce dessin :

Cette image vous fera bien comprendre Quel grand prophète était cet Isaïe !

L'n charbon pris sur l'autel du Seigneur ' Est déposé sur ses lèvres par un ange,

Aussi prophètise-t-il clairement le Christ*.

' Voy. Wedever. p. 45 et suiv.

- Voy. les catalogues de Rosenthal, à Munich, et de Waigel, à Leipsick. . ' Voy. A. Meyer. Die Bibelillustration in der zweiten Hälfte des sechzehnten Jalirliundert. Zeitschrift fur allgemeine Geschichte, t. IV, p. 178-182. L'auteur, tout en avouant les lacunes de Stimmer, fait de lui un éloge peut-être un peu exagéré.

* Nouveliemeut édité par Georges Hirth, Munich et Leipsick, 1881. Voy. L. Geiger. AU. Zeitung, 1881. n° 205.

Page 1