‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 381 sur 573 · MUSiÉES ET COLLECTIONS PRINCIÈRES · texte numérisé non relu

MUSiÉES ET COLLECTIONS PRINCIÈRES

Comme il arrive toujours aux époques de décadence, on voit alors se développer en Allemagne, surtout chez les princes, le goût de rechercher et de réunir ce qu"ont produit les siècles d'originalité. Les princes dépensent pour ce coûteux plaisir des sommes extravagantes, nullement en rapport avec leurs revenus, et très préjudiciables au bien-être matériel de leurs sujets.

Albert de Bavière fut l'un des plus célèbres collectionneurs de son temps. 11 avait appris en Italie à apprécier « le nouvel art j>, et rêvait de jouer à Munich le rôle d'un Mécène. Ses courtisans rappelaient « Albert le magnifique^ Albert le père des muses », et les poètes le comparaient à une fontaine d'or arrosant et fécondant les domaines d'Apollon. On lui répétait tous les jours que son siècle serait aussi fameux en Bavière que le siècle des Médicis Tavait été en Italie. Les trésors artistiques rassemblés par ce prince et ses achats d'antiques ont formé le premier fonds de la bibliothèque royale, de la collection de médailles, de la « riche chapelle ». du trésor et de l'antiquarium actuels. Mais le duc tut souvent malheureux dans ses dispendieuses acquisitions : les portraits quïl recherchait avec un soin particulier, et dont il avait formé une grande collection, portaient presque tous de faux noms'. Le vénitien Nicolas Stoppio, chargé par lui de faire l'achat « d'antiques célèbres « , lui fit un jour un envoi que le prince paya 7.163 florins, et qui ne contenait guère que « de méchants moulages, sans nulle valeur »; cela ne l'empêcha pas de rester en relation avec ce Stoppio et de le charger, peu de temps après, de nouveaux achats, en lui envoyant plus de cent couronnes-. Un autre italien fit. par son ordre, l'acquisition de coraux, de coquilles et de verres soufflés de Venise; mais dès qu'Albert eut examiné l'envoi, il s"écria : « Voilà qui ne vaut rien! Je ne donnerai pas dix liards de tout cela! » Pourtant celui qui l'avait

' Ree, p. 11, 12. Sur le cabinet di' médailles de Munich, voy. J. v. Strebar, dans le Deulscltriften der königi. bayerisclien Académie der Wissenschaft, iSOl , 1814 et suiv.;1818 et suiv., et H. Wiggauer, Gesch. der königl. Miinzencabinels, à Munich, Bamberg, 1890.

' Stockbauer, p, 26-63 et suiv. « II serait facile de retrouver une notable partie des acquisitions de ce Stoppio, dans la foule d'objets maintenant relégués dans les chambres de débarras. »

Page 1