‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 382 sur 573 · COLLECTIONS DU DUC ALBERT V DE BAVIERE · texte numérisé non relu

COLLECTIONS DU DUC ALBERT V DE BAVIERE

ainsi trompé reçut de nouveaux ordres et de nouvelles sommes d'argent'. Apprenant que la comtesse de Montfort avait payé cent tha- 1ers « un pfennig de cuivre rouillé », le prince n"en parut nullement surpris : « Nous n'avons pas de peine à le croire, » écrivait-il, « car il nous est arrivé semblable aventure -. » Pour augmenter sa collection, il pressait le PapC;, les cardinaux, l'Empereur, les princes allemands, les souverains étrangers, la reine de France de lui envoyer des « curiosités » . Le duc de Florence lui fit présent, « outre beaucoup d'autres objets rares et précieux, » de perroquets et de guenons; il lui envoya aussi « l'image de Notre-Dame, patiemment composée avec toutes sortes de plumes d'oiseaux; une idole du Mexique, des tables d'écbecs incrustées de nacre, des gourdes de cuir colorié, une dent de cheval marin, dont on pouvait faire diverses bagues très utiles pour le traitement de plusieurs maladies; des souris indiennes, etc.. etc. ».Plus tard, la collection d'Albert s'enrichit encore d une « lancette antique dont les anciens s'étaient servis pour pratiquer la saignée » . Le licencié Louis Müller lui envoya un jour une coupe d'outre-mer, « précieux préservatif contre la jaunisse; » il demanda 100 florins de récompense ^

Cette collection, paraît-il, donnait au prince « une satisfaction infinie », mais elle n'était pour ses sujets qu'une sorte de trésor enchanté. On ne pouvait la visiter que par « faveur spéciale », encore fallait-il acheter cette faveur par un présent. Un conseiller de Straubing, admis à la voir, ofi'rit au duc un riche rosaire; « car, » écrivait-il, « tous ceux auxquels est accordée une si grande grâce, doivent offrir quelque présent pour grossir la collection du prince; tel est l'usage reçu *. »

' Stockbauer, p. 67,69.

- Ibid., p. 81.

3 Comme collectioaneur, Albert paraît avoir moins reclierché les tableaux quo les mille •< objets do curiosité « qui remplissaient d'ordinaire, à cette époque, les collections et musées dos cours princières. Il semble choisir les tableaux qu'il acliète beaucoup plus à cause du sujet qu'ils représenlentque pour leur valeur artistique. En réalité, les portraits d'empereurs, do princes et de philosophes, surtout les portraits d'iiommes célèbres et de héros à demi mythiques, en descendant jusqu'aux portraits des grands criminels ou des êtres dilTormes, tout aussi recherchés à cette date, dominent dans les collections impériales. Le catalogue décrit avec une complaisance marquée un Salvalor mundi, dont les yeux remuent au moyen d'une ficelle. L'inventaire des collections est si peu scientifique et si insutfisant qu'il en est tout à fait insipide. « Parmi les sept cents pièces qu'énumère l'inventaire de Ficlder (la98) (en dehors des portraits dits historiques de Guillaume IV), à peine si l'on en pourrait retrouver douze dans la collection actuelle » (V. Reber, Catalog.,{. V, YI).

* Stockbauer, p. 74-76, 79. 120-121.« Les collections d'autrefois.» dilWg (Kaiser Rudolf II. als Kunstfreund, p. 63), « n'étaient pas destinées à instruire, elles n'avaient aucun caractère national. Ce n'étaient pas des musées, encore moins des expositions destinées « à encourager les arts », comme on dirait aujourd'hui. >> Et à un autre endroit (p. 70) : « Je ne sais si l'Empereur Rodolphe lisait volontiers Horace,

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