‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 383 sur 573 · COLLECTIONS DU DUC ALBERT V DE BAVIERE · texte numérisé non relu

COLLECTIONS DU DUC ALBERT V DE BAVIERE

De tous côtés, on venait proposer au prince l'achat « de précieux objets d'art » . Le seigneur Guillaume de Loubenberg offrit un jour de lui céder, pour un prix qu'il fixa^, « son trésor de poterie antique, ses bahuts, livres, coupes et autres antiquités, ses fus n'ayant point l'intelligence de tous ces mystères pa'iens. » Louis 'Weiser, d'Augsbourg. signalait au prince un splendide objet d'art qu'il évaluait à o^OOO ducats environ; il lui propose ensuite l'achat de quatre rubis qu'il estime 150,000 couronnes'.

Relativement à la valeur qu'avait alors l'argent, c'étaient là des sommes exorbitantes. Jacques Strada, de Mantoue, reçut du prince, pour quelques achats d'antiques, environ 22.000 florins. Le Titien, pour un petit coffret de cristal qu'il lui avait procuré, demanda 1,000 ducats; pour un rubis et un diamant. Albert donne 24.000 florins; une autre fois, pour un joyau, iO.500 florins; pour des perles de Venise, 12,000 couronnes; pour divers bijoux, 400 ducats. Il fallait, outre cela, payer les frais d'emballage et de transport. Dans la seule année de 1567. Strada reçut. « pour assurer le transport d'objets précieux, » 200 couronnes d'or, plus 310 florins, et plus tard, 284 couronnes d'or; pour l'emballage, 100 florins-. Rien qu'à Munich et à Augsbourg, le prince acheta aux orfèvres pour plus de 200.000 florins d'objets d'arts II paya 450 couronnes l'étoffe et la façon d'un baldaquin^.

Bien que l'un de ses panégyristes parle de lui comme d'un prince « très savant, craignant Dieu, protégeant les artistes et les gens de lettres, et désireux de si bien parer la Bavière, au dedans comme au dehors ^, que le renom et la gloire de la nation en fussent augmentés », les États ne partageaient pas cet enthousiasme, et constatèrent après sa mort qu'il léguait à son fils 2.300.000 florins de dettes. Ils se plaignirent au nouveau souverain des dépenses excessives occasionnées par les bâtisses somptueuses, les prodigalités d'Albert, surtout envers les artistes étrangers, et de ses trop nombreux et regrettables achats de curiosités, achats inutiles, et même préjudiciables au pays *.

En Autriche, la situation financière n'était pas meilleure au moment où Rodolphe II passait pour le plus libéral des princes, pour

mais Vodi profanuni vulgus était évidemment écrit en lettres invisibles au-dessus de la porte de son musée, car de son vivant il n'y eut que bien peu de mortels admis àjeteriin regard dans ce sanctuaire de son génie. »

' Stockbaüer, p. Ta, 80, 81, 108.

'■ Ibid., p. 25, 51, note; p. 92-94, 105, 108.

3 Ree, p. 24.

* Stockbauer, p. 118.

* Westenrieder, Beilage, t. III. p. 86: Stockbauer, p. 1-2.

^ Voy. Ree, p. 25. « Il est vrai que les Etats ne comprenaient point l'intérêt des collections d'Albert ; mais ce qu'ils comprenaient mieux, c'était la détresse du pays. »

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