COLLECTIONS DE L'EMPEREUR RODOLPHE II
le plus généreux Mécène, et lorsque les alchimistes dont il s'entourait l'appelaient le nouvel Hermes Trismegiste. Ceux qui tiraient profit de ses prodigalités le portaient aux nues, vantaient son savoir, son goût, l'appelaient le protecteur des sciences, le « Médicis de l'Allemagne »5 le prince incomparable, mettant sa gloire à rassembler de toutes les parties du monde les choses les plus rares et les plus précieuses. A la vérité, les collections des grandes salles du château de Prague surpassaient en richesse tous les musées de l'époque. Tandis que, pour les plus graves intérêts de l'Empire et pour la défense de ses droits et de son autorité, l'Empereur se trouvait presque toujours sans ressources, tandis que le trésor était vide et qu'on n'avait pas même le moyen de payer un courrier pour expédier les dépêches les plus pressantes, Rodolphe avait toujours de l'argent en réserve dès qu'il s'agissait d'art, c'est ainsi qu'il paya 22.000. d'autres disent 34,000 ducats une statue du grec Scopas, et 42,000 ducats un camée gravé, représentant l'apothéose d'Auguste '.
De tous côtés, non seulement en Allemagne, en France, en Italie^ mais aussi en Grèce, en Orient, en Egypte, Rodolphe avait des agents chargés de lui expédier quantité d'objets d'art : tableaux, sculptures sur bois, pierres précieuses, curiosités naturelles, singularités de tout genre. Sa passion presque maladive pour les collections cherchait jusqu'en Amérique à se satisfaire. Dans un inventaire dressé après sa mort (1612), on évalue ses collections à dix-sept millions en or, tandis que son trésorier général, Christophe Siegfried Bruner, évaluait ses dettes à trente millions ; à peine, dans ses États, restait-il quelque bien à hypothéquer.
Mais quelque précieuses et considérables que fussent les collections de Rodolphe, il faut convenir que ni lui, ni aucun de ceux qu'il chargeait d'en prendre soin ne possédaient une réelle intelligence artistique. Les musées d'alors n'étaient qu'un pêle-mêle confus, où les objets les plus rares étaient mêlés à des niaiseries sans
' Si'.\chEL, p. 242. « En revanche, lorsque la pénurie était extrême, on acceptait avec reconnaissance, à la cour, les otïros des Fugger, proposant de taire expédier parleurs courriers de commerce, à Madrid ou à Rome, les dépêches du cabinet impérial (Voy. v. IIlbner, Sixtus der Fünfte, t. II, p. 28). Sur les achats faits par Rodolphe pour son trésor et ses collections de curiosités, voy. aussi les nomenclatures de v. IIarmayr, Taschenbuch, nouvelle suite, t. IX, p. 282-286. Voy. encore Urlich, Beiträge zur Gesch. der Kunstbestrebungen und Sammlungen Kaiser Rodolph's II. Zeitschrift für bildende Kunst, 1870: A. v. Perger, Studien zur Gesch. der K. K. Gemäldegallerie , Berichte und Mittheilungen des Alterlhumsvereins zu \Vien(l8iM), i. VII, et l'article de Venturi {Zur Gesch. der Kunslsammlungen Kaiser Rodolf's II), dans J.witchek (ßepeciorium für Kunstwiss., t. VIII, p. 1 et suiv.), très intéressant parles renseignements qu'il donne sur les archives de Modène, do Turin'etde Venise. Voy. enfin Ilg, Kunstgeschichtl. Characterbilder, p. 201 et suiv. et p. 206 et suiv., sur les collections de l'archiduc Ferdinand de Tvrol.