COLLECTIONS DE LEMPEREUR RODOLPHE II
aucune valeur. Un catalogue dressé parles conservateurs impériaux, catalogue qui n'a pas moins de 57 feuilles d'impression, donne, à cet égard, de curieux renseignements. On y lit, par exemple : « Dans le dépôt n» i, salle allemande, compartiment du haut : un buste de femme en plâtre, couleur chair, reposant sur un socio de taffetas couleur chair; plusieurs boîtes remplies de plumes indiennes. Dans le second compartiment : toutes sortes de curieux poissons de mer; plus, une chauve-souris, deux boîtes de pierres magnétiques; deux clous de fer trouvés dans l'arche de Noé; une pierre végétale; le squelette d'une jument de Transylvanie; un coffret rempli de racines de mandragore; un crocodile dans un étui; un monstre à deux têtes. Dans le troisième compartiment, 82 pièces : objets d'art de toutes sortes, dont plusieurs sculptés sur ivoire; une fourrure moelleuse, tombée du ciel en Hongrie dans le camp de Sa Majesté; une tête de mort en pierre d'agate jaune; un étui renfermant un grand morceau d'ivoire; trois cornemuses. Dans le quatrième compartiment : trois paysages sur jaspe de Bohême entourés de grenats de Bohême; un grand miroir orné de figures peintes; une miniature représentant la Vierge Marie; un lion en cristal; un petit autel d'argent. » A coté d'un Marché aux fruits, de Langen Peter, des copies de la Judith, de Léonard de Vinci, le Bain, de Joseph Arginas, etc. '.
Les travaux de restauration exécutés en 1.j96 dans l'église de Sainte-Marie, à Karlstein, donnent une médiocre idée du goût artistique de l'Empereur et de son entourage en matière d'art. Par ordre de Rodolphe, les admirables fresques carolingiennes du vieil édifice furent recouvertes de badigeon, ainsi que les j^ortraits d'ancêtres de Charles IV qui ornaient jadis le péristyle -. Une statue en pied, représentant la Vierge, devient un simple buste entouré d'une gloire dorée ^
' Tiré d'un autographe fie la bibliothèque de Vienne. Voy. Spatek, p. 246-248. « En vérité, le musée de Barnum ne peut pas être un tohu-bohu plus bizarre que celui-ci! » (p. 248). Ilg (A'o/se ;■ Rudolf II. als Kutigtfreund, p. Cl et suiv.) trouve lo jugement de Spatek trop sévère, mais lui-même est forcé de faire cet aveu : « Il est vrai que, dans ce musée, on n'aperçoit aucune trace d'organisation; c'est un amalgame gigantesque de milliers et de milliers d'objets d'art, de curiosités naturelles, de minéraux, etc. Jamais on ne vit pareil désordre, elles catalogues en mettent sous nos yeu.\ les preuves extravagantes. Une niomie à côté d'un sanglier, un buste de bronze près d'une culotte de cuir espagnol, des globes et des armes, des mosaïques et des selles, des miniatures et des boutons, et tout cela confondu dans une touchante union. >> Rodolphe appréciait tout particulièrement les portraits de femmes nues (Voy. Vextlri, dans l'article cité plus haut, p. 107).
^ Il n'est pas possible de dire avec Ranice (Znr deulschen Geschichte, p. 177 et suiv.) que Rodolplie fut un véritable Mécène, et qu'il •< comprenait à la fois l'art, et la haute portée de l'art ».
^M Dont les derniers vestiges, maintenant disjoints et ridicules, tombent transversalement sur le buste comme une écharpe frangée » (Spatek, p. 238, note).