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LE VICE ET LA LAIDEUR DANS LART RELIGIEUX

longue queue, chasse brutalement devant lui un homme enchaîné qui se tord les mains de desespoir'. Dans la Tentation du Christ, de Georges Penz, le diable est moitié homme et moitié poisson-. L'Enfer, de Lucas Cranach, fait horreur par les scènes atroces bu indécentes que l'artiste se complaît à mettre sous nos yeux'. Melchior Bocksberger^ de Salzbourg^, fait preuve d'une intarissable imagination dans les nombreux et effroyables démons de son grand tableau ; Jésus délivrant dans les limbes les saints de l Ancien Testament.

Mais tous ces artistes restent encore bien loin, dans la représentation de l'horrible, des flamands Jérôme Bosch et Pierre Breughel le jeune, surnommé Breughel d'Enfer. Doués tous deux d'une imagination puissante^ ils s'attachent au sujet de l'enfer avec une sorte de joie féroce \ Breughel nous fait assister au châtiment des gourmands, devenus l'horrible pâture des damnés. Vn autre nous montre des seigneurs terriens condamnés au feu éternel pour avoir opprimé leurs paysans; des démons, conduisant une charrue, les enfouissent sous terre comme un vil fumier. Breughel imagine bien d'autres scènes effroyables, si bien qu'on se demande comment il a été possible d'inventer de pareilles horreurs. Mander dit à ce sujet : » On est confondu d'étonnement devant son oeuvre; Breughel ne se lasse pas de retracer les supplices, les bûchers, la torture, les spectres hideux^. » Dans les vastes cuisines de Satan, Bosch nous montre les démons rôtissant les damnés". Rubens n'excite pas moins d'hor, reur dans la peinture des tourments éternels : serpents, dragons, diables et monstres de toutes formes et de toutes couleurs s'acharnent sur les réprouvés, surtout sur les femmes impudiques; ils les mordent, les griffent, les déchirent ou les rôtissent ^

Tous ces produits d'imaginations surexcitées et maladives ne pouvaient, en quoi que ce soit, servir la religion; il est douteux.

' Voy. EcGEns, t. YIII, p. 12.

* ScHUCK.^RDT, Cranach, t. UI, p. 226-227.

' W.\.\GEN. Kunst und Künstler, t. II, p. 127.

* Voy. E. Michel, Les Breughel. Paris, 1892. 5 V.M.\NDER, f. 216^.

•^ « Aujourd'hui les artistes eux-mêmes ne comprennent sans doute plus la possibilité de se complaire dans de pareils sujets. 11 est évident que los peintres de cette époque ne faisaient que suivre une tendance alors générale. Ils auraient probablement produit tout autre chose si leurs tableau.v avaient trouvé moins d'admirateurs. Ce fut sans doute à contre-cœur qu'ils suivirent la voie où les entraînaient le goût dépravé du public et le facile débit de leurs œuvres « (Voy P. M., dans Eggers, t. VII, p. 358).

^ Voy. ScHOR.v, Kunstblatt, 1831, p. 89-90; Michiels, t. II, p. 379-404 et t. III. p. 301-339; Forster, t. III, p. 90. Adam Willaerts excellait à peindre« les tisons et brandons d'enfer » (Ho.\rr.\ckex, p. 31).

* Voy. l'article de P. M. intitulé : « Le diable et ses suppôts dans l'art plastique, «da.ns Eggers, t. VII, p. 301, 316. 329,345,356,409, et t. VIII, p. 12,20,128 141, 153.

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