DECADENCE DE L'ART DANS LE TRAITEMENT DES SUJETS
duire les scènes les plus indécentes. Leur prédilection marquée pour ce qui est bas^ nous donne une triste idée de leur sens moral, surtout lorsqu'ils peignent avec complaisance les repaires les plus immondes du vice et de la prostitution.
« Qui pourrait trouver plaisir à regarder ce paysan ivre, fou et débraillé qui vomit derrière une haie, » se demandait Walter Ri vins. Et pourtant, de nos jours, on rencontre beaucoup de ces amateurs d"ordure ; je le dis à la honte de l'art, « nos peintres dessinent ou peignent des scènes révoltantes qui devraient inspirer du dégoût à tout homme de bon sens'. » Dürer avait dit avant lui : « Beaucoup préfèrent maintenant ce qui est laid à ce qui est beau, et cette erreur est particulièrement répandue en Allemagne ^ »
Les Scènes de pai/sam. de Sebald Beham, Fun des plus habiles graveurs de son temps, sont presque toutes de la plus extrême indécence ^ Aux sujets abordés quelquefois au quinzième siècle, plus tard particulièrement recherchés, appartiennent les dessins satiriques des Epouses acariâtres et despotiques : ici, une femme accable son mari de coups ; une autre, un fouet à la main, conduit « son seigneur et maître » qui rampe devant elle à quatre pattes; une troisième, également munie dun fouet, est assise dans une corbeille que traîne son docile mari ; une quatrième accable son époux de coups de canne et lui tire les cheveux. Georges Penz, Hans Brosamer, Martin Zeissinger, Virgile Solis, Balthazar Jenichen et beaucoup d'autres graveurs sur cuivre, prenaient grand plaisir à retracer ces aimables mœurs féminines *. Dans un dessin de Jenichen, sept femmes en furie se houspillent au sujet d'un haut-de-chausse^ Dans un autre, d'Urs Graf, Aristote rampe à quatre pattes et sert de cheval de selle à sa bien-aimée, une fille de joie ". Le flamand Pierre Breughel, surnommé Breughel le Paysan, ne se lasse pas de représenter des orgies, des paysans ivres, des difformités ou des monstres, en un mot « ce que personne ne prend plaisir à regarder » . Sa manière est bien caractérisée par une Luxure nue, assise sur les genoux d'une créature immonde''.
' Dürer, Vier Bücher von menschl. Proportion, t. VII, 11".
ä Vov. Bart>ch, t. VIII, p. 179, 199. n«» 162, 103, 165, 174, 177.
3 Ibül.. t. VI. p. 268. 277. 379; puis t. VII, p. 221, 317; t. VIII, p. 350, 463 t. IX. p. 77. 277; t. X, p. 48, 51, 52. Passavant, le Peintre-graveur, t. III, p. 102, 256, 323, 413, 426; Heller, p. 849, 893; A.ndresen, t, II, p. 179. La femme qui gouverne son mari avec la bride et le louet est complètement nue (Voy SoTZMANN, dans Eügers, t. II. p. 302).
' Andresen, l. 11, p 181. Pour les poètes de cette époque, comme nous le ver ronsplus tani, les méchantes femmes étaient aussi un thème favori.
5 WoLTMA.NN, Holbein, t. I, p. 207-208. Sur la légende d'Aristote dont il est ici question, voy. Sotzmann, dans Eggers, t. II, p. 302-303.
« Hathgkber, Annalen, p. 255, n»' 1493-1518. Voy. de 440 à 451.
' Rathgeuer, 126, n" 516, 516^ 523, 527. Voy. Schorn, Kunstblatt, 1882, p. 217 et suiv. ; Michiels, t. I[I. p. 41.