GRAVURES SUR LES SORCIÈRES
flammes, et « beaucoup d'autres phénomènes admirables ^ ». Le Livre des merveilles, de Jean-Georges Schenck, publié en 1610; contient plus de cent spécimens du môme genre, entre autres un lion et une vache à tète d'homme; un cochon dont la tôte et les pieds de devant sont d'un homme; des enfants à deux têtes, quatre mains, trois et quatre pieds; un enfant des deux sexes et, ce qui est encore plus horrible, des nouveau-nés tout semblables aux animaux sans raison : ours, chien, porc, singe et même démon; trois reproductions diverses « du prodige inouï, digne d'éternelle mémoire, d'un enfant de pierre, demeuré durant vingt-huit ans dans le sein de sa mère, ce qui est un miracle au-dessus de tous les miracles » . i Cet exemple, >> dit l'auteur dans sa préface, « est In plus riche parure et comme le triomphe de ce livre merveilleux sur les nouveau-nés phénomènes, et le place au-dessus de tous les recueils du même genres » Les gravures représentant « les hideuses fiancées du diable », c'est-à-dire les sorcières, étaient également très goûtées. On y voit des sorcières évoquant le démon, lui faisant la cour, luttant avec lui, ou bien préparant leurs philtres et se rendant au sabbat. Puis, des danses de sorcières, enfin le sabbat lui-même ^ Le Livre des sorcières, de Thomas Sigfridus, publié en 1594 et dédié « à tous les pieux chrétiens », nous initie, en une série de seize dessins, à la vie, aux mœurs, aux coutumes des sorcières *. Les épouvantables tortures qu'on leur fait subir y sont représentées « très fidèlement, assure l'éditeur, pour la salutaire consolation des bons chrétiens, afin qu'ils sachent bien que l'autorité veille sur eux. et qu'elle a réellement le glaive en main. Les exécutions sont reproduites avec beaucoup de vérité. « Les parents chrétiens, » écrivait l'alchimiste Jodochus Krauttblatt en 1553, « feront bien de suspendre de sem-
' Nous reviendrons plus tard sur cet ouvrage.
^ Schenk, Wunderbuch, préface, 3, et p. 113-116. Voy. particulièrement les reproductions des p. 6, 20, 27, 29, 53, 62 et suiv., 73, 85-89, 99, 109, 114. L'image de la page 21 représente deux corps attachés l'un à l'autre par le dos : l'un est celui d'un homme, l'autre celui d'un chien.
3 Voy. Bartsch, t. VII, p. 82, 187, 319. 417, puis t. VIll, p. 280, 490, t. IX, p. 463- 164; Passavant, le Peintre-graveur, t. 111, p. 120, n" 56. Voy. aussi les vignettes delà plupart des livres de sorcellerie du temps, celles, par exemple, du Theatrum de veneficis. « Au prince des ténèbres, qui disparait peu à peu de l'art, se substituent maintenant, ce qui est caractéristique, ses auxiliatrices terrestres, les sorcières. Aux sujets religieux et moraux les artistes préfèrent tout ce qui nourrit la superstition. L'enfer se ferme. Aux potences, aux carrefours, lieux où d'ordinaire les sorcières se rassemblent, on nous montre les apprêts du sabbat, de la cuisine infernale. Là nous apprenons parfois à connaître un petit nain bien proportionné, « à l'air malingre, ayant en guise de cheveux, de bras, de fines racines d'arbres : c'est la mystique mandragore. Enfin nous assistons à la course des balais ; les vieillards sont habillés, les jeunes gens nus, comme dans Gœthe » (Voy. Eggebs, t. VIII. p. 20).
* SiGFRiuus, p. 2-3, pour la gravure ajoutée à la fin.