LES LICENCIEIX DANS 1.ART
s'élève ou s'abaisse selon l'esprit de la société où il se développe. * « On a renversé les images saintes, » écrivait Georges Wizel en 1535, « on les a foulées aux pieds, les flammes les ont dévorées; mais à leur place on multiplie des images profanes qui ne peuvent porter personne au bien. Aux portes et aux murailles de nos villes, on étale à tous les yeux des images malsaines, des soudards ivres, des courtisanes au bain, des danses indécentes, des orgies. Tout cela fait naître les mauvaises pensées, et entraîne au mal. On décore maintenant les demeures des particuliers de toutes ces infamies, tandis qu'on injurie ceux qui suspendent dans les églises les images de nos chers saints'. » « Le romain Pline. » écrivait un catholique, « se plaignait des peintres orduriers de son temps. S'il pouvait voir les peintures dont on orne maintenant les maisons, les beaux tableaux qu'on suspend aux murailles, les statues que les princes et les grands seigneurs placent dans leurs appartements privés. s"il voyait de quelle façon nos seigneurs se délectent dans la représentation de choses infâmes, que dirait-il de nous ? Les images du Sauveur et de ses saints, on les fait disparaître des églises, comme si elles pouvaient nous exposer à l'idolâtrie ou nous faire concevoir de coupables pensées; mais les peintres qu'on fait venir à grands frais des pays étrangers sont récompensés, honorés, célébrés, lorsqu'ils ont décoré les appartements, les salles, les voûtes, de nudités, de statues et de tableaux obscènes, et cela jusque dans les appartements privés, là où le Père et le Créateur de toutes choses veut être adoré dans le secret par les cœurs chastes -. » « La plupart des peintres, » écrivait Hippolyte Guarinoni, « s'imaginent qu'on ne peut être vraiment artiste si l'on ne peint des nudités; c'est ainsi qu'ils excitent les mauvais désirs, qu'ils poussent au vice et à la luxure. Ils se font les limiers du diable, ils traquent les âmes pour lui plaire, et les lui amènent dans leurs filets ^. »
Du côté protestant, beaucoup de bons esprits déploraient aussi que l'art, oublieux de sa haute mission, se fût mis au service du vice, lui qui autrefois s'était attaché à développer l'amour de toutes les choses pures et élevées. Charles Doltz disait en chaire, en 1357 : « Quand on examine de près ce qui décore actuellement les demeures des princes, des seigneurs, des riches marchands et même des artisans, ce qui se vend dans les foires, ce qu'on trouve dans les balles des colporteurs, des messagers, des musiciens ambulants et autres gens
' Cité par Dollinger, Be formation, t. I (2'= éd.). p. 101.
- FicKLER, Tractât, f. 60'' 70. Ce traité, traduit en latin par Fickler et accompagné de notes, parut d'abord en 1549 à Paris, et fut édité par Gabriel de Puits-Herbault, moine de Fontevrault (Voy. Dejob, p. 204).
3 GuARiNo.M. p. 231,232.