LES LICENCIEUX DANS L'ART
de même espèce^ on pourrait prendre notre art actuel pour une école d'impudicité '. » Le prédicant Érasme Griininger, dans ses Sermons moraux, prêches en 1605 à Stuttgard, à la chapelle de la cour, s'élève avec force contre ceux qui encouragent « les peintres, sculpteurs, graveurs ou dessinateurs à reproduire par le dessin toutes sortes de scènes licencieuses, les images de Vénus et de Gupidon, et autres tableaux indécents, propres à corrompre les cœurs innocents - » .
Les divinités païennes représentées nues étaient alors « l'article le plus recherché ». « Dans les jardins, les maisons de plaisance, presque toujours près des fontaines publiques, et jusque sur les coupes à boire, » dit Guarinoni, « on représente des divinités nues ^ » Les scènes d'amour les plus licencieuses, tirées des fables mythologiques, étaient les sujets préférés des artistes, et dans la manière de les interpréter, on allait fréquemment jusqu'à l'obscène. Henri Aldegrever ne peut peindre l'héroïque action de Curtius sans placer près du héros romain cinq divinités nues *. Parmi les peintres allemands,
• Predigt am Tage der Himmelfahrt luuer^ Herrn, gehalten, zu Erfurt (1507), f. C-. Dans Fickler (Tractat, f. 62), on lit : « Lorsque les poètes frivoles fabriquent leurs rimes abominables pour servir d'appâts aux mouches avides, imprimeurs, libraires, barbouilleurs de papier, comment ne rougissent-ils pas de propager en même temps des images ordurières, des figures impudiques comme s'ils avaient à cœur de séduire et de dépraver les intelligences et les cœurs ? » « Il ne leur suffit pas de verser le poison par la lecture dans le cœur des jeunes gens et des vieillards, ils tiennent à peindre très clairement la luxure, afin que ce que le langage ne suffit pas à faire comprendre, on s'en instruise par les yeux, et qu'on puisse mieux s'en pénétrer. Ce que la nature elle-même a voulu tenir caché, ils le découvrent, ils Tétaient à tous les yeux sans aucune pudeur. Plus ils garnissent leurs livres de semblables appâts, plusils leur rapportent d'argent. » « Le conseil de Leipsick fit emprisonner un colporteur pour avoir vendu à la foire de Saint- Michel des dessins obscènes, pouvant causer du scandale; ces images ainsi que toutes celles du même genre qu'on put découvrir ailleurs furent bridées publiquement par le bourreau sur la place du marché » (A. KincHHOF, Archiv fiir Gesch. des liuchhandels, t. X, p. 124, 125). L'Electeur de Saxe Christian II fit publier une ordonnance par laquelle il défendait aux élèves de la Schulpforta d'acheter ou de suspendre dans leurs chambres des images ol)Scènes (Bertuch, 154, n" 21). En 1594, à la Diète de Ratisbonne, des gravures infâmes étaient publiquement vendues (Gu.iniNONi, p. 303). L'empereur Ferdinand II fit brûler beaucoup de gravures et de tableaux de ce genre (Voy. Dejob, p. 358).
- Grüninger, p. 58.
•^ Guarinoni, p. 228-229. Même dans les palais des princes ecclésiastiques, on voyait des tableaux indécents. Sur Tarcheveque de Salzbourg, Wolf Dicttrichde Raittenau, dont nous avons longuement parlé (t. V, p. 138, 164, 255 et suiv., 289), voy. Mayr Diesinger, p. 96. Au château du Bon-Conseil, résidence des princes archevêques de Trente, les fresques étalaient à tous les yeux des nudités si choquantes qu'il fallut draper une partie des statues, avant que le Concile ne se rassemblât (Voy. // Castello del buon Consiglio (Trente, 1890), p. 25).
' Pour se faire une idée approximative de la niasse de nudités et d'images éroti(]ues tirées de la mythologie, de la légende antique, de l'histoire, de la vie de tous les jours, voy. surtout Bartsch, t. III, p. 43, 54, 102-103, 105-110, 122-125, 138-149, 145, 147, 150-151, 155, 168-169, 176, 180, 204. 234-235, 243-249. 2.52, 268. 284-286; t. VII, p. 85-87, 318, 346, 406-409, 419-420, 522, 524. 527. 541. 544; t. VIII, p. 01-63,90-92, 98, 104, 154,159, 161, 177, 2)2-203, 241, 244-245. 263. 278-279,281-