VIE PRIVKE DES ARTISTES
A Bâle, au dire d'un rapport de police, Urs Graf était « fréquemment mêlé à de scandaleuses scènes nocturnes ».Le 20 novembre 1522, après avoir subi une punition exemplaire, il avait juré en présence de témoins « de ne plus retomber dans ses désordres, de ne plus offenser sa femme, soit en la battant, soit par de mauvais traitements dautre nature » . Néanmoins, l'année suivante, il encourait de nouvelles peines'. Virgile Solis resta longtemps dans la mémoire populaire sous le nom du » bon frère ivrogne ^ ». Les graveurs sur bois Samson et David Dienecker (fds du célèbre Jost Dienecker (f 4548), furent condamnés tous deux pour vol et pour adultère ^ Le flamand Jacques Barbari, l'un des « peintres de nudités » les plus en vogue en deçà des Alpes, menait à Nuremberg une vie de désordre, et son exemple exerça la plus triste influence sur les deux Beham et sur Georges Penz*.
Ces trois peintres furent bannis de Nuremberg « pour s"être exprime's d'une façon si impie, si païenne que jusqu'à ce jour personne n'avait entendu rien d'approchant ». Devant la justice ils avaient déclaré qu'il leur était impossible de croire à la sainte Ecriture et qu'ils ne se souciaient ni du baptême, ni de l'Eucharistie. Lorsqu'on leur demanda s'il était vrai qu'ils eussent soutenu qu'on n'était pas obligé de travailler, qu'on en viendrait un jour à tout partager, et qu'on n'était pas obligé d'obéir aux autorités, Barthel Beham répondit « qu'il ne connaissait d'autre maître que le Dieu tout-puissant » . Gui Wirsperger rapporte comme il suit ses conversations avec les deux frères : « Barthel déclare qu'il ignore le Christ, qu'il n'a rien à en dire: que lorsqu'il en entend parler c'est comme si on l'entretenait du duc Ernest, lequel, selon la croyance populaire, vit caché dans une caverne de montagne. Sebald, son frère, n'est pas moins entêté et inspiré du diable, et c'est chose scandaleuse de voir que des chrétiens, hommes et femmes, les entourent et les écoutent. Georges Penz a parlé très franchement devant ses juges;
a dit qu'il sentait vaguement qu'il devait y avoir un Dieu, mais qu'en vérité il ne savait qu'en penser. Quant au Christ, il ne s'en soucie nullement. 11 lui est impossible de croire à la sainte Ecriture; il ne fait aucun cas du baptême ni de l'Eucharistie. Il refuse de reconnaître aucune autorité civile, ne connaissant, dit-il, d'autre maître que Dieu. » « Les trois peintres, » porte le réquisitoire du conseil, « ont la réputation d'aimer le luxe, d'être d'un caractère
' E. His, dans v. Zahn, lahrbucher, t. V, p. 529 et suiv.
- QUADEN VON KiNCKELBACH, p. 430; VOV. PALLMANX, t. IX.
'BuTSCH, t. I, p. 16-17.
' De Ca.nditto, p. 219 ; sur Barbari, voy. p. 6-7, 284 et suiv. « Jacques de Barbari est le véritable rénovateur de ce nouveau type du beau chaste (!) et voluptueux que l'art a su vêtir de sa seule nudité » (p. 399).