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VIE PRIVEE DES ARTISTES

hautain, et d'avoir une estime démesurée pour eux-mêmes '. » Le peintre Henri Aldegrever était intimement lié avec « les peintres impies » de Nuremberg, et fit pendant quelque temps de la propagande pour Jean de Leyden, le roi des Anabaptistes de Munster. Il fut condamné à une amende par le conseil de Sœst pour avoir exposé un tableau contraire aux bonnes mœurs*.

La plupart des peintres flamands étaient connus pour leur vie scandaleuse. Jean Mabusequi, avec Barbari, introduisit le premier en Allemagne « l'art de peindre des nudités et toutes sortes d'ornements poétiques », était décrié pour les mœurs 3. Franz Floris, surnommé « le Raphaël flamand », et dans l'atelier duquel travaillaient plus de cent vingt élèveS;, était à la tête de tous les viveurs d'Anvers. Tous les « serviteurs de Bacchus » se réunissaient chez lui, et la réputation du buveur égalait celle du peintre. Cornélis de Gouda et Cornélis Molenaer avaient la même renommée. Adam van Ort, Joachim Patenier et Jean Torrentius étaient connus pour leurs débauches *. Le Livre du peintre, de Charles van Mander, publié en 1604, fait la pleine lumière sur les mœurs des artistes de son temps. L'auteur, peintre lui-même, commence par exhorter ses confrères « à ne plus s'enivrer comme des brutes, à s'abstenir de tout homicide, à ne plus vider leurs querelles avec le poing ou le couteau, à ne pas employer les uns envers les autres des termes injurieux qui ne conviennent qu'aux poissardes ». « C'est à la jeunesse des ateliers, » ajoutet-il, « à faire mentir le dicton populaire : « Qui dit peintre, dit brute, » et à se conduire de telle sorte qu'on cesse enfin, en Westphalie, « de ne voir dans les peintres que des fainéants dépravés. Des êtres grossiers et dissolus n'ont aucun droit au glorieux nom d'artistes*. »

L'art des sons va nous ouvrir des horizons plus consolants.

' Voy. le protocole de l'interrogaloire dans Kolde, Kirchengeschichtlichen Studien, p. 243-249 ; voy. aussi t. II, p. 390, aiin. 1 de l'ouvrage cité.

'- Gehrken. p. 8. 9.

^ V.\N Mander, pi. 223.

*Ibid., f. 227^. 239-240, 236''. Détails sur l'effrayante capacité de boire de Franz Floris, f. 242^-243; Desch.\mps, p. 229. 382-382. Voy. Michiels, t. III, p. 54-55, 143-145. 172-173,217. 299,314; t. IV, p. 42. 44. Michiels avait dit, à propos des anciennes écoles de peinture chrétienne (t. III, p. 54-55) : « Nulle onohre ne ternit leur image, la gloire l'éclairé de purs rayons. » « Mais avec Jean de Maubcrge, le spectacle change; il inaugure la débauche au sein des ateliers flamands, la consacre par son mérite, et entraine sur ses pas une foule avinée. D'autres scènes vont maintenant frapper nos yeux ; un grand nombre d'artistes poseront devant nous l'œil hagard, les coudes sur la table, remplissant leur chope jusqu'au bord, débraillés, humides de la sueur des cabarets, psalmodiant ou hurlant quelque chanson grivoise, la bouche mal essuyée, la coiffure de travers, et tenant à la main leur pipe fidèle. » « On a voulu. » dit Michiels (t. III. p. 53), « mettre en doute en Belgique et en Hollande, la réahté de ces mœurs grossières, ...mais l'histoire est inexorable, et la tentative a échoué. Mille preuves, mille circonstances réfutent les hâbleries des patriotes néerlaadais. »

ä Van M.\NDER. f. 2i'-3''.

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