LES HUMANISTES ET LA MUSIQUE — INFLUENCE DE L'ART VÉNITIEN IS
l'année ecclésiastique; son travail harmonique sur les psaumes est au-dessus de tout éloge'.
Pour la musique comme pour les arts plastiques, on rêvait alors de faire revivre « lart antique ». Les humanistes, Conrad Celtes à leur tête, crurent y réussir en adaptant le plus possible le rythme musical aux paroles^, en écrivant la musique d'après le rythme syllabique des vers. C'est ainsi qu'ils mirent en musique, pour une seule voix, des vers d'Horace, de Virgile, de Prudence, de Sidulius, ainsi que leurs propres essais poétiques : ensuite ils s'efforcèrent de grouper harmoniquement les autres parties musicales. Ce qu'ils obtinrent ainsi égale en platitude les compositions des maîtres chanteurs de cette époque-.
Tandis que les humanistes, comme les peintres et les sculpteurs, n'imitaient que superficiellement les formes d'art nouvellement innovées en Italie et, pour cette raison, échouaient lamentablement dans leurs efforts, les compositeurs allemands, qui s'étaient mis à l'école des musiciens italiens André et Jean Gabrielli, pénétraient profondément dans le génie musical de leurs maîtres, et produisaient des œuvres d'une valeur durable. Nommons d'abord Hans-Léon Hasler. de Nuremberg, Jacques Handl, surnommé Gallus. de Carinthie, et Grégoire Aichinger, de Ratisbonne. Hasler fut pendant de longues années maître de chapelle des Fugger à Augsbourg. Il embrassa la nouvelle doctrine dans les dix dernières années de sa vie (f 1612). On lui doit un excellent recueil de chorals; cependant c'est dans ses compositions catholiques qu'il faut chercher ses véritables titres de gloire; une messe à douze voix de sa composition n'a pas été surpassée ^ Paul Gerhard a placé dans son célèbre choral : 0 Haupt
' Dit Proske, Vorrede zur Musica divina,p. 15. Voy. B.\ümker, Tonkunst, p. 161- 162. Sur d'autres compositeurs de cette époque : Laurent Lamlin, Siote DietricJi, etc., voy. Ambros, t. III, p. 393 et suiv. (2'= éd., p. 403 et suiv).
2 Voy. J.ACOBs, p. 454; Kùstlin. p. 201-202. Ambros (t. III, p. 376-377) dit : « En unissant étroitement la musique aux vers de Virgile, de Catulle, de Properce, on croyait pouvoir se rapprocher de la musique antique, c'est-à-dire, d'après les idées du temps, de l'art seul digne de ce nom ; dans un certain sens, il s'agissait de ressusciter les idées de l'antiquité sur la musique. Tandis que le cercle florentin, guidé par un goût intelligent et sur, s'appliquait à faire en quelque sorte renaître l'antique tragédie en l'accompagnant de chants bien adaptés au drame, non par une imitation servile de l'antique, mais en esprit et en vérité, on comprit, en Allemagne, la renaissance musicale d'une façon tout extérieure, l'ormaliste et pédante. » « Il faut convenir que ces maîtres d'école allemands en toges romaines, se couronnant mutuellement de lauriers, ont quelque chose d'irrésistiblement comique > (Voy. R. Lilie.nkrox, Die liorazischen Metren in den deutsclien. Compositionem des seclizchnten. Jahrhunderts. 1887, caiiier I, p. 26-92. Voy. aussi vo.\ Lilienkron, Die Chorgesanye des lateinische deutschen Schuldremas im sechzehnten Jahrrhrhundert, A. a. Q. 1890, p. 309 et suiv.).
' François Gommer a publié deux volumes d'Hasler dans la Musica sacra,t. XIII et XIV, Berlin, 1872-1873.