DECADENCE DU CHANT LITURGIQUE
voll Blut und Wunden, son admiral)le phrase à cinq voix : Mon âme est troublée*. Jacques Handl avait do son temps une telle célébrité qu'on lavait surnommé ■' le Palestrina allemand )'. Cependant, au dire des meilleurs juges, Hasler et Handl furent tous deux distancés, comme modulation savante et parfaite beauté harmonique, par Aichinger, organiste pendant de longues années de la chapelle des Fugger. et m.ort en 1628 vicaire de chœur de la cathédrale ^
A lépoque où florissaient ces grands compositeurs, la musique vocale, depuis longtemps opprimée par la musique instrumentale, surtout dans les grandes églises % tombait dans une telle insignifiance qu'elle gênait plutôt quelle ne secondait la piété. Les jugements des contemporains ne laissent aucun doute à cet égard. Depuis que le système établi par Grégoire le Grand avait été abandonné, le chant liturgique avait perdu sa haute signification. Le célèbre théologien Guillaume Lindanus sen plaint éloquemment dans un ouvrage publié à Cologne en 1559 : « Au lieu de porter les âmes à la prière et à la ferveur, » dit-il, « nos chantres actuels troublent les fidèles, et ne sont pour eux qu'une cause de dissipation. Pendant le service divin, ce n'est plus du chant qu'on écoute, ce sont des syllabes répétées à satiété, c'est une mêlée de voix à laquelle on ne comprend rien, ce sont des cris confus, parfois un mugissement sauvage*. » En dépit des décrets de réforme du Concile de Trente et des ordonnances des synodes diocésains et provinciaux*, ces abus ne firent que grandir. Jodocus Lorichius. professeur de théologie à Fribourg. écrivait à ce sujet : « On s'imagine louer et bénir Dieu plus dignement en employant les harpes, la musique savante; cependant il importe de maintenir dans nos églises des règles sévères afin qu'on
' Ambros, t. III, p. 577 (2<' éd., p. Ö74).
* Dans ses motets surtout, on sent « passer l'indéfinissable souffle du génie ». « On en vient à se demander si parmi les maîtres allemands de cette époque ce n'est pas à cet humble prêtre, d'une intelligence si vive et si profonde, qu'il convient de donner la palme » (Ambros, t. III, p. 361).
' On se servait alors, pour accompagner les chants religieux, de violons, de trombones, décors, de bassons (Voy. Jacobs, p. 46i, note 1).« Quant aux orgues, elles furent beaucoup plus employées à partir du seizième siècle, et comme le chant liturgique proprement dit était de plus en plus relégué au second plan par suite du développement de la nouvelle musique et de l'adoption, dans la musique sacrée, de tous les instruments, le rôle de l'orgue prit des proportions gigantesques. Bien que sa richesse intérieure et sa splendeur extérieure méritent toute notre admiration, il faut convenir qu'il ne se prétait pas toujours heureusement à l'esprit du culte » (.Jacobs, p. 270). « On se servait des orgues : 1» pour les préludes, 2° pour accompagner des chœurs, 3» pour alterner avec le chœur dans les chants liturgiques. Le Cœremoniale episcoporum que Clément VIII publia en 1600, abolit quantité d'abus qui s'étaient introduits. L'emploi des orgues fut dès lors soumis à des règles précises »(Voy. G. Rietschel, Die Aufgabe der Orgel im Gottesdienste, Leipsick, 1893. p. 16).
*Voy. Ji'NGMAUN, p. 832. Le Panopl Evangel. parut d'abord à Cologne en 1559.
*Voy. Jacobs, p. 386 et suiv., p. 424 et suiv.