‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 404 sur 573 · DECADENCE DU CHANT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DECADENCE DU CHANT RELIGIEUX

ne transforme pas en spectacle mondain le culte du Seigneur, et qu'au lieu d'attirer les âmes à la dévotion, on ne les en détourne '; tous les chants ne conviennent pas dans le lieu saint. » « A l'église, pendant le service divin, » écrivait le bavarois Égidius Albertinus, e on abuse de la musique; on ne se contente pas d'une voix grave, modeste, expressive, on veut une voix féminine, immodeste, affectée et frivole. L'oreille est fatiguée par les modulations les plus étranges. On se complaît dans des tours de force ridicules; il semble qu'à l'église le but de la musique ne soit plus de louer et de glorifier Dieu, mais seulement de faire parade de son talent et de contenter la vanité des chanteurs-. »

Dans un grand nombre de localités, les choses étaient encore moins édifiantes. « On entend maintenant retentir sur les orgues de nos églises, » écrivait Jean Fickler en 1581, « de frivoles romances, qui, certes, ne doivent leur inspiration ni à David, ni à l'Evangile, ni à saint Paul, mais qu'on emprunte aux romans les plus indécents, à des recueils immoraux de chansons welches ^ » Du côté protestant, on se plaignait des mêmes abus, et le surintendant d'Ulm, Conrad Dietrich, disait en chaire : « Les compositeurs sont libres de faire admirer leurs talents dans les concerts et les réunions mondaines; mais la musique qu'ils nous apportent ne convient nullement dans les églises. Certains se plaisent à exécuter de charmants et gracieux tours de force; ils font preuve de grande dextérité; ils mettent sur une musique frivole des textes amoureux, licencieux; ces sortes de musiciens ne doivent pas avoir entrée dans la maison du Seigneur. Qu'ils se rendent au château de plaisance de Madame Vénus. Oh! chantres d'église, quel compte sévère aurezvous à rendre un jour, vous qui habituez vos jeunes élèves à de pareilles profanations * ! »

Parmi les compositeurs protestants du seizième siècle, aucun, il est vrai, n'est à la hauteur des maîtres catholiques, mais plus d'un mérite une place d'honneur dans l'histoire de l'art musical, et s'est acquis une réputation durable. Tel, en premier lieu, Jean Eccard, élève d'Orlandus Lassus, d'abord maître de chapelle des Fugger, plus tard maître de chapelle des cours de Königsberg et de Berlin (f IGU). Comme son maître Lassus, il avait la réputation d'être « d'humeur paisible et débonnaire * ». Toutes ses compositions

' LoRicHius, Aberglaub, p. 54.

* Hausapolizei, septième partie, p. 135''.

3 Fickler, Tractât., f. 4ü^ Voy. plus loin le chapitre intitulé : Littérature légère.

* Sonderbare Predigten, t. I. p. 234-235.

5 WiNTERPELD, Zur Gesch. heiliger Tonkunst, t. II, p. 281. 'Voy. 1. 1, p. o7-78, l'article intitulé : Orlandus Lassus und Johannes Eccard.

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