COMPOSITEURS PROTESTANTS
sont écrites pour les choristes, et non pour l'accompagnement du chant des fidèles. Après lui, Gethus Calvisius, chantre de l'école Saint-Thomas, à Leipsick, Barthélemi Gesius, chantre à Francfort-sur-lOder. Älelchior Franck, maître de la chapelle royale de Cobourg ' , et Michel Pretorius. maître de chapelle à Wolfenbuttel, méritent d'être cités avec honneur. Ce dernier (j 1621) contribua beaucoup, par ses écrits, ses compositions, ses remaniements d'œuvres italiennes, à frayer la voie, en Allemagne, à la musique italienne, dès lors très mondaine ^ Avant lui. les Protestants regrettaient déjà que la musique religieuse fût peu en honneur parmi eux. Jean Walther, l'un de leurs plus anciens compositeurs, écrivait : « Quoi d'étonnant à ce que la musique soit peu appréciée et même qu'elle soit méprisée chez nous, puisque les autres arts, également utiles, sont presque tous regardés comme superflus par tout le monde ? » Selon Walther, le diable était cause de ce discrédit : « Voyant que, grâce à Dieu, la messe est abolie, ainsi que toutes les cérémonies qui l'accompagnaient, Satan, pour se venger, cherche à détruire tout ce qu'il sait être agréable à Dieu ^ »
Walther, maître chanteur de l'ÉIectorat de Saxe, ami de Luther et son conseiller le plus écouté lors de la publication du premier recueil de prières protestant, n'était point un compositeur, mais seulement un habile remanieur bornant son talent à adapter au nouveau culte les hymnes de l'Église et les mélodies empruntées au chant populaire religieux et profane *. Tandis que les compositeurs catholiques Louis Senfl et Arnold de Brück, ne faisaient point difficulté de mettre en musique des cantiques protestants d'une signification chrétienne générale, Walther, dans ses chants reUgieux, se montre nettement sectaire. Dans un cantique spirituel de soixante-quatre strophes où il glorifie Luther et l'appelle « le prophète et l'apôtre de l'Allemagne », il dit du Pape :
• Voy. W. Obrist. Melchior Franck, ein Beitrag zur Gesch. der iveltUchen Composition in Deustchland in der Zeil vor dem dreissig jährigen Krieg, Berlin, 1892.
- Ambros. t. III, p. 563; Naumann, t. I, p. 432-435: Chrysander, t. II, p. 317;
REISS.MANN, t. II, p 68-73; XüSTLIX. p. 214.
3 Préface du Wlltenbergischen Gesangbuclilein do 1537, réimprimé par Wackernagel, Bibliographie, p. 538; Lob und Preis der löblichen Kunst Musica. de Walter, récemment réédité par Gœi)EKE, flic/(<«»i^e»iyo)i M. Luther, p. 293-204. Hermann Finck écrivait eu 1556 dans sa Practica Musica, qu'à l'étranger les compositeurs de musique étaient extrêmement honorés et très richement récompensés : « Apud nos vero excellentes artiflces (ut niliil dicam amplius) in tanto honore et pretio non sunt, imo sœpe periculum famis vix effugiunt » (Ambros, t. III, p. 365. note).
*WiXTERFELD, t. I, p. 167: Nelmanx, t. I, p. 429-432; B.\umker, Tonkunst, p. 150-151: Kostlin, p. 202-207: Ambros, t. III, p. 412-414. « Le Palestrina de l'Église protestante, ce n'est pas Walther, c'est Jean-Sébastien Bach. »