CANTIQUES SPIRITUELS PROTESTANTS
0 petit Jésus bien-aimé,
0 petit agnelet de Dieu,
Aie pitié de moi!
Prends-moi sur tes petites épaules
Et ne me laisse pas tomber!
0 Jésus, cher petit frère,
Tu voulus être notre petit Emmanuel
Et noti-e éternel petit prêtre ' !
Dans un cantique pour les mineurs, le même auteur parle à Dieu avec une familiarité déplaisante :
Pourquoi caches-tu ton visage
Sous je ne sais quel voile?
Pourquoi me poursuis-tu
Comme le ferait un homme en colère?
Oh! Seigneur, montre-toi, ôte ton masque,
Dussé-je en mourir d'émoi -!
Le « petit cantique chrétien, très moral et bien approprié aux jeunes mineurs », est encore d'une familiarité plus déplaisante':
Je me suis entretenu avec mon Seigneur Comme un eniant avec son père; Je lui ai parlé de mon amour; Mais il ne me [)a\ e point de retour, Ce qui me cause un grand chagrin !
Dieu répond :
Telle est ma coutume,
Ne le sais-tu pas?
Petit homme, calme-toi!
Telle est ma coutume!
Bon petit homme, ne murmure pas !
Appuie-toi fermement sur ma parole
Même lorsque je te punis!
Telle est ma coutume,
Petit homme, ne murmure pas*!
I Wackerxagel, t. III, p 1133.
" Ibid., t. III, p. 1151 (1356),
* Ibid . t IV, p. 933. Ce cantique produit une impression singulière quand on le compare au cantiijue de pénitence, d'un sentiment si profond, d'un style si simple, composé par Ringwalt pendant les ravages d'une peste ; " 0 Dieu bon, Dieu fidèle « (t. IV, p. 90«).
^ Ibid . t. IV, p. 781. Voy. le litre complet de ce cantique dans Wackernagel, ßiblioyraiihie, p. 369. Une pièce de vers d'André Gärtner, qui vient immédiatemenl aj rès li préface, affirme que l'auteur s'est surtout proposé « de préserver la tendie jeunesse du délire amoureux » (p. 176). Tout ici a été combiné Pour le plus grand bien de la jeunesse; Ce petit livie a été rimé avec soin Dans un esprit chrétien Par le savant et digne docteur Knauste.
L'usage exifetait dès lors d'adapter des airs profanes à des cantiques pieux. Les
154 ANGIEiNS CANTIQUES CATHOLIQUES ADOPTÉS PAR LES PROTESTANTS
Les admirables cantiques allemands en usage bien longtemps avant Luther^ demeurèrent durant tout le dix-septième siècle dans la mémoire du peuple protestant '. Mais dès la seconde moitié du seizième siècle, le souvenir de leur origine catholique s'était presque entièrement effacé, car beaucoup d'entre eux avaient été insérés dans les manuels protestants. « Les sectaires, » disait en chaire un prêtre catholique en 1562, « feignent d'ignorer que les beaux chants allemands dont ils se servent aux jours de grande solennité dans leurs églises ont été chantés, pendant plus d'un siècle, par nos dignes ancêtres catholiques. Ils ont l'audace de prétendreque nous tenons de Luther, leur prophète, ces cantiques, maintenant encore chantés parmi nous, et soutiennent que nous les leur avons pris; qu'autrefois nous ne chantions jamais les louanges de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il ne nous inspirait que de la crainte et de l'effroi, oubliant que nos vieux cantiques publient son amour, qu'ils chantent tous notre reconnaissance et sa gloire. » « Ils nous ont volé ce qui était nôtre, et maintenant ils disent que c'est nous, catholiques, qui sommes des larrons - ! »
Le poète protestant Nicolas Hermann et plusieurs de ses coreligionnaires avaient, en effet, parlé dans ce sens ; « Dans l'ancienne Eglise, » écrivait Hermannen I5G0, « on ne priait pas Notre-Seigneur Jésus-Christ; nul cantique n'était chanté en son honneur. On ne voyait en lui qu'un juge sévère et sans miséricorde, menaçant continuellement les hommes de sa colère et de ses châtiments ^ » Jean de Munster, seigneur de Vortlage, publia en 1607 la liste des cantiques volés par les Catholiques aux Protestants. « Trompant toute la chré-
Prolestants le faisaient volontiers, en premier lieu parce qu'ils y voyaient un excellent moyen de propager plus rapidement leur doctrine, en second lieu parce que le besoin de donner une large part au chant dans les assemblées religieuses était ainsi plus facilement satisfait. On publiait des recueils entiers où non seulement on insérait les mélodies avec les premières lignes de laclianson profane, mais souvent la plus grande partie du texte. Cet usage devint bientôt un grave abus. Fischart se plaint de ce désordre, disant que les prédicants, avec une déploralile légèreté, « mêlent le profane au spirituel «(Voy. Gervinus, SaHim/«H(/eii3ei.'i//ic/tcr ' Undichlungen. t. III, p. 2^\ Goedeke, Grundriss. t. II, p. 85-87, 210,213).
' Voy. Hoffmann von Fallersleben, dans le Weimarer Jaltbr.. t. Y, p. 79.
- Sermon sur la Nativité de Notre-Seigneur, prononcé dans la cathédrale de Mayence (1562), par le P. Gerhard Fabri, f. 2\ t. III.
^ Reissmann, t. II. p. 56-57. Cyriacus Spangenberg affirmait, dans son livre sur la nmsique (p. 161), que, dans leurs églises, les papistes ne chantaient jamais qu'en latin, et que lorsque les laïques s'avisaient de traduire en allemand quelque hymne latine, l'autorité ecclésiastique ne le voyait pas de bon œil.