‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 410 sur 573 · ANCIENS CANTIQUES CATHOLIQUES ADOPTÉS PAR LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

ANCIENS CANTIQUES CATHOLIQUES ADOPTÉS PAR LES PROTESTANTS

tienté, » affirmait-il, «le Pape cache Luther derrière lui, à l'exemple du démon qui prend souvent la forme dun ange pour nous séduire ; il fait chanter en tous lieux nos plus beaux cantiques spirituels : Prions maintenant le Saint-Esprit; Viens, Esprit Saint: Dieu le Père, assiste-nous; Loué soit Jésus-Christ; 0 jour plein d'allégresse, et beaucoup d'autres qui nous appartiennent. Ceci n'a été prémédité et exécuté que pour amorcer les simples par le charme de nos chants pieux. Admirez ici la ruse de ces oiseaux de proie papistes ! Ils veulent attirer les passereaux dans leurs pièges, pour les gagner ensuite à leur idolâtrie, pour les précipiter dans l'éternelle damnation ' ! »

Or les cantiques qu'il cite comme protestants remontent tous aux quatorzième et quinzième siècles-.

A l'époque où David Grégoire Corner, au dix-septième siècle, préparait son Manuel de chants catholiques, il avait d'abord été d'avis d'en exclure tous les cantiques insérés dans les livres des hérétiques. « Mais un digne Père de la Compagnie de Jésus, » écrit-il, « m'a fait comprendre que les non-catholiques ont rempli leurs manuels d'un grand nombre de nos très anciens cantiques, et qu'ils ont même eu l'audace de mettre au bas de quelques-uns d'entre eux le nom de Luther, quand toute la chrétienté d'Allemagne sait fort bien que ces beaux chants sont plus anciens que Luther et son nouvel évangile. Donc il ne conviendrait nullement de laisser de côté ces prières, auxquelles le simple peuple est depuis si longtemps habitué, sous prétexte que les ennemis de la vraie foi s'en servent comme nous, et se les attribuent faussement ^ »

De leur côté, les éditeurs des recueils catholiques ne se faisaient aucun scrupule d'emprunter aux Protestants un grand nombre de chants religieux, pourvu qu'il ne continssent rien de contraire au dogme catholique. C'est ainsi que, dans le manuel de cantiques édité par Jean Leisentritt, doyen de la cathédrale de Bautzen (1567), sur 257 textes, on en trouve 39 tirés du Manuel silésien publié en 1555 par le pasteur Valentin Triller, de Gora*. A son tour Michel Vehe, doyen du chapitre de Halle, dans son Petit manuel de chants spirituels^ donne une physionomie protestante à plusieurs vieux cantiques catholiques '. Les prédicants recommandaient aux fidèles le chant

' Examen und Inquisition der Papisten und Jesuiter, publié sous le nom de Ma.\imilien Philos, de Trêves (1607). p. 190. Voy. notre 5* volume, ch.i.x, p. 346-371.

^ B.ioMKER, Kirchenlied, t. 1, p. 13 et suiv.

' Ibid., t. I, p. 226. Voy. p. 202, la préface du recueil de cantiques catholiques d'Andernach (1608). Voy. aussi p. 233.

* Ibid., t. I, p. 139, et t. II, p. 44-47.

^Ibid., t. I, p. 34-35, 127. Voy. V.Lilienkhon, dans la revue de Koch et Geiger pour l'histoire de la littérature comparée, nouvelle suite, t. I, p. 116-147. Sur Michel Vehe, l'éditeur du premier recueil de cantiques catlioliques en allemand, voy. l'article de Paulus, dans les Hist. pol. Bl., t. CX, p. 469-470.

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