POLÉMIQUE CONTRE LES RECUEILS DE CHANTS PROTESTANTS
la vérité divine et la parole de Dieu avaient été comme exilées de ce monde et que^ seuls, les sectaires les avaient rendues à la terre. Dans ces manuels^, les chefs de la chrétienté sont indignement outragés, et cela pour avoir protesté contre les abominables calomnies des hérétiques, qui ne nous accusent de rien moins que d'avoir chassé Dieu et sa sainte parole du cœur des chrétiens. On a mêlé quantité d'erreurs aux cantiques et, ce qui est plus scandaleux, on a abusé çà et là de David sans lui en demander la permission, car quelques-uns de ses plus beaux psaumes ont été falsifiés par des retranchements et des amplifications arbitraires, en sorte que le prophète parle quelquefois de choses qui jamais n'ont été dans sa pensée, ni inspirées par le Saint-Esprit. » « Ceci est surtout vrai des psaumes traduits et remaniés par Luther. Juste Jonas et Michel Styfel. C'est là qu'on aperçoit clairement ce que veulent et prétendent les sectaires en multipliant leurs nouveaux recueils de cantiques, ce n'est pas sans raison qu'on s'en méfie. Comment, en effet, se confierait-on à des gens qui altèrent la parole de Dieu et les saints psaumes de David d'une manière si perverse, si insidieuse; qui leur donnent un sens tout à leur avantage, ou qui osent y mêler le poison de leur fausse doctrine? Toutefois ce procédé, de leur part, n'a rien de nouveau, ou qui doive nous surprendre: les hérétiques de tous les temps ont agi de même à travers les siècles. » Ulenberg en cite plusieurs exemples. « Voilà, » continue-t-il, « le modèle qu'ont suivi nos hérétiques actuels; ils ont mêlé à leurs cantiques leurs erreurs sur la justification sans les œuvres, sur la volonté esclave et contrainte, sur la loi, sur la révolte prétendue légitime contre l'autorité, et autres hérésies; et ainsi grâce à de belles mélodies, à des paroles séduisantes, ils ont odieusement trompé les simples; et de même que les chants séditieux des Ariens ont failli jadis soulever à Constantinople une sanglante émeute, de même les sectaires de nos jours, dès le début de leur évangile sanguinaire, ont composé et chanté une foule de cantiques homicides et séditieux desquels, en vérité, on peut dire ce que les Grecs disaient autrefois des lois de Dracon, « qu'ils sont écrits avec du sang'. »
Dès 153-4, Georges Wizel avait flétri le caractère » polémiste et séditieux » d'un grand nombre de cantiques protestants. « Leshéré-
' Kehrein, t. I, p. 105-107; Wackernagel, Bibliographie, p. 401-402.
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tiques, » écrivait-il, « sont merveilleusement satisfaits de leurs nouveaux cantiques, ou plutôt de leurs chansons-pamphlets, dans lesquelles, lentement, goutte à goutte, ils insinuent le poi>on de leur hérésie dans le cœur des simples, calomnient et blasphèment l'Eglise, et s'élèvent contre elle avec violence. » « Une grande partie de leurs cantiques ninsultent pas seulement à Dieu et à sa parole, mais sont pour la plupart séditieux; plusieurs de ceux qui les répètent aime raient bien mieux tomber sur nous à poing fermé que de chanter '. » " Nos adversaires ne cessent de chanter, » écrivait le franciscain
' Cité par Dölli.nger, Béformation, t. 1 (2^ éd.), p. 46, 58-59. Dans la préface du recueil de cantiques imprimé à Tegernsee en 1574, Adam Walasser écrivait : « Cher lecteur chrétien, après qu'on eut abandonné les traces de nos bons ancêtres pour suivre toutes sortes de sentiers d'erreur, beaucoup d'impiétés ont été introduites dans le inonde. La doctrine des saints Pères, celle de la sainte Ecriture ont été falsifiées, tronquées, abrégées à dessein; ensuite on s'est attaqué aux cantiques, comme je te le prouverai par un ou plusieurs exemples. Dans le cantique : Nous croyons tous en un seul Uieu, il est dit que Jésus- Christ est descendu aux enfers, et l'on insinue que cet article n'est pas dans notre Credo. Il y est dit aussi que tous les péchés peuvent être pardonnes, bien que Jésus-Christ ait dit que le péché contre le Saint-Esprit ne sera pardonné ni en ce monde, ni dans l'autre. A la fin du dixième commandement on a ajouté : « Toutes les bonnes actions sont inutiles à notre salut, elles ne nous profilent en rien, » et au psaume Deprofundis, on a ajouté « que toutes les bonnes œuvres sont inutiles, que la meilleure vie ne sert à rien », ce qui n'appartient nullement à ce psaume, et ne se trouve en aucun endroit de la sainte Ecriture. Je reconnais volontiers que tout ce que font les sectaires est inutile pour le salut et ne mérite que la colère divine; mais il n'en est pas ainsi pour les bons chrétiens cathohiiues; par la grâce de Dieu, leurs actes ne seront pas perdus; mais tout cela a été combiné pour fournir aux gens d'excellentes raisons pour ne rien faire de bon; c'est ainsi qu'on supprime toute discipline morale, toute loyauté. Je pourrais citer des centaines d'exemples, mais ceux-ci peuvent suffire pour décider un chrétien honnête à se garder dos petits livres de psaumes ou de cantiques de nos adversaires. On publie en même temps une foule de cliansons frivoles et scandaleuses qui sortent aussi de celte doctrine charnelle ; les choses vont si loin que, ce dont les anciens chrétiens avaient honte au temps jadis, les nouveaux chrétiens s'en font gloire. Oui, ce qu'on dit ou chante de tous côtés est ou hérétique ou indécent et frivole ; de là vient qu'il n'y a plus ni bonheur ni prospérité en Allemagne, ce qui n'arriverait pas si l'on marchait sur les tra<-es de nos pieux ancêtres. Tout du long de l'année, de fête en fête, dans les pèlerinages, les chemins de croix, ils avaient coutume de chanter tant de cantiques pieux pour louer et honorer Dieu et ses saints! Aussi étaient-ils bénis du Seigneur, et voyaient-ils toutes leurs alTaires prospérer. Beaucoup de ces cantiques du passé ont été réunis dans ce petit livre, à 1 usage des bons laïques chrétiens, afin qu'ils ne se bornent pas à louer Dieu dans les églises, mais le bénissent encore à la maison ou dans les champs, travaillant pour la gloire de Dieu, et s'abstenant de toute chanson profane, indi-cente et déshoniiête. Sers-toi de ce petit manuel, lecteur chrétien, pour louer et honorer Dieu et ses saints; gardetoi de la doctrine et des cantiques des sectes, et réjouis-toi dans le Seigneur. » Dans la préface d'une seconde édition augmentée, publiée en t577, Walasser disaitqu'« il no fallait s'attendre àrecevoir du ciel bonheur et bénédiction que dans le cas où les Catholiques s'abstiendraient du péché, et reviendraient à Dieu par le chemin d'une sincère pénitence; qu'alors seulement on pourrait espérer que les sectaires reviendraient de leur erreur pour retourner au giron de l'antique Église catholique romaine » (Walkernagel, Bibliographie, p. 649-653).
Jean Nas en 1568; « un psautier suit l'autre; d'ailleurs, tous leurs cantiques passent pourpsaumes. Dans le nombre, il s'en trouve où leur pensée est vraiment trop peu dissimulée, on aurait pu en atténuer quelque peu la forme, par exemple dans celui-ci :
Martin nous conseille De rôtir les prêtres, De griller les moines, De conduire les nonnes A la maison publique !
Kyrie eleison!
ou bien dans cet autre :
Commençons par égorger les prêtres.
Et ne laissons aucun moine en vie, etc.
Mais ils ne comprennent pas cela, et continuent à répéter leur refrain sanguinaire : « Maintiens-nous, Seigneur, dans ta parole. »
Du cantique Louez Dieu, pieux chrétiens, Nas citait la strophe suivante pour faire apprécier la mansuétude évangélique des sectaires :
Écoutez, frères bien-aimés.
Vous tous, pieux chrétiens.
Que chacun prenne une bannière
Où le mot honneur soit inscrit !
Courons sus à l'ennemi.
Je veux dire à toute la race tondue !
J'entends déjà résonner les tambours.
En avant, hàte-toi, pieux soldat ' !
David Grégoire Corner écrivait quelque temps après : « Voulezvous avoir un échantillon remarquable de l'esprit qui dirige les Luthériens? Écoutez le commencementdutoutdernier cantique que Luther a composé avant de mourir. Vous le trouverez, parmi beaucoup d'autres aussi haineux, dans le recueil intitulé Chants luthériens de Nuremberg, sous ce titre : Dernier cantique du Docteur Martin Luther Il se chante sur l'air de : Maintiens-nous, Seigneur, dans ta parole. »
Maintenant mettons le Pape à la porte,
Chassons-le du royaume du Christ et de la maison de Dieu,
Car son règne a été homicide,
11 a séduit d'innombrables âmes.
Arriére, fille maudite.
Rouge prostituée de Babylone !
Tu es l'abomination de la terre, tu es l'Antéchrist,
Tu es pleine de mensonge, d'homicide et d'astuce - !
' Schöpf, p. 25-26. Ce dernier cantique est de Louis Hailmann; il a été inséré dans le petit recueil de cantiques imprimé à Marbourg en 1549 (Wakernagel, Kirchenlied, t. III, p. 369-370).
* Baumker, Kirchenlied, t. I,p. 219. Ce cantique n'est pas de Luther, il l'a fait passer sous son nom(Voy. Gcedeke, Dichtungen von M. Luther, p. 155).