LE CHANT POPULAIRE
Egidius Albertinus cite la chanson suivante comme très populaire de son temps :
Nous ferons la noce jusqu'au matin !
Amis, soyons gais ! arriére les soucis !
Avez-vous jamais entendu dire
Que quelqu'un fût revenu de l'enfer
Pour raconter ce qui s'y passe?
Faire la noce avec ses amis n'est pas un crime !
Soùle-toi donc, puis, va te coucher,
Lève-toi vite, et soùle-toi de nouveau '.
Dans le Pcregrinus. de Gaspard Stein^ on trouve ce refrain bachique :
Bois et couche-toi. Lève-toi et bois de nouveau, Débarrasse-toi de ce qui te gêne...
Tel est le conseil du grand Alexandre, Car un excès en guérit un autre ^.
Quant aux chansons de soldats, les lansquenets répétaient parfois encore quelques refrains pleins d'une entraînante ardeur, mais ils en chantaient surtout d'autres qui ne reflètent que trop fidèlement leurs mœurs brutales, leur féroce rapacité, même en pays amis.
« Quant ils entrent dans un village, » écrit un contemporain, « voilàce qu'annonce leur tambour, voilà la chanson qu'ils préfèrent » :
Rantanplan !
Gare à toi paysan !
Moi, je ne suis pas un bigot!
Je vole et je pille sans scrupule !
Le lansquenet et le porc Font bien de se remplir la panse, Car ils ne savent jamais Quand on les saignera '.
Dans les chansons d'amour, nul accent venu du cœur, nulle déli-
' l)e conviviis, p. Gai^-ee.
2 Communiqué par H. Frischbierur, Zeitschrifl fur deutsche Philologie, t. IX, p. 213-219. Dans les lieder du seizième siècle, les incidents les plus vulgaires de la vie de tous les jours sont retracés avec une crudité de termes qui touche fréquemment à la licence, et la musique s'associe franchement à ce réalisme grossier (Reissmaxx, t. II, p. 37-38). Gervinus (t. II, p. 258, 273-276) dit, à propos de la décadence de la poésie populaire à cette époque : « On peut affirmer d'une manière générale que les chansons d'amour deviennent plus lourdement grossières, les chansons à boire plus réalistes, à mesure que le siècle s'avance. » « La corruption du seizième siècle pénètre et envahit jusqu'au Volkslied. » « Dans le roman comme dans la romance, à la fin du quinzième et tout au commencement du seizième siècle, on s'était peu à peu débarrassé de tout incident brutal : vengeances atroces, meurtres, scènes sauvages et rudes qui charmaient autrefois le peuple dissolu et mobile, et qu'il applaudissait dans son théâtre favori, l'auberge. Petit à petit, tout s'était adouci dans la poésie, et aussi, d'une manière très sensible, dans la musique; mais plus tard, et jusqu'en plein dix-septième siècle, les lieder retournent aux sujets favoris des époques moins civilisées. »
3 G. -G. ScHERER, Poslille, f.438''-439, 543.