‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 418 sur 573 · CHANSONS D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSONS D'AMOUR

catesse, rien de profond. La corruption des mœurs semble avoir éteint dans les âmes tout sentiment honnête et pur. Catherine Zell écrivait en 1534 : « Des chansons abominaljles pénètrent maintenant dans toutes les classes de la société. Hommes, femmes, et jus([uaux enfants, s y complaisent. L'amour coupable est célébré, le vice passe pour vertu, les propos obscènes s"étalent au grand jour. Jeunes et vieux répètent des refrains dont ils devraient rougir ' . ■ « Lennemi du genre humain a si bien conduit son affaire, » écrivait neuf ans plus tard Martin Bucer, « que le plus pur des arts, la musique, est maintenant au service de la licence. Cet abus est non seulement criminel, puisque lart est un précieux don de Dieu, il est encore infiniment préjudiciable à la morale, car le vice, par ce moyen, s'infiltre dans les cœurs et dans les intelligences dune manière très subtile, et la dépravation générale des mœurs en est la conséquence inévitable. On ne peut songer sans frémir au mal que font à la jeunesse ces diaboliques chansons d'amour. Ce qui, sans elles, a déjà trop dattrait et n'occupe que trop son esprit, lui est présenté dune façon si séduisante que les cœurs en sont troublés *. »

Répandues par des centaines de feuilles volantes, un nombre incalculable de chansons célébrant la débauche et l'amour coupable passaient dans toutes les mains. Jean Herolt écrivait en 154^ : « On distribue en tous lieux de petites chansons nouvelles, et les jeunes filles se plaisent à les apprendre par cœur. Le sujet en est ordinairement l'amour. La femme y apprend le moyen de tromper son mari, on y admire la sottise des parents qui gardent sévèrement leurs filles, lesquelles, malgré toutes leurs précautions, se laissent ordinairement séduire. Les actions les plus scandaleuses sont racontées comme choses toutes simples. Au moyen de ces chansons, le vice sinsinue dans les cœurs avec une rapidité qui étonne. Le thème de l'amour se développe en un langage déshonnète, à double entente, tellement licencieux que l'impudicité elle-même ne pourrait s'exprimer autrement. Nombre de colporteurs vivent de ce beau commerce, surtout dans les Pays-Bas. Si la justice faisait son devoir, les auteurs de semblables chansons apprendraient promptement à chanter sur un autre ton sous la verge du bourreau; mais, sûrs de l'impunité, les corrupteurs de la jeunesse vivent de leurs mauvaises actions, et l'on voit des parents assez insensés pour s'imaginer que leurs filles ne seraient pas du beau monde si elles ignoraient les chansons à la mode^ » Cyriacus Spangenberg reprochait aux autorités « de souffrir

' W'ackernagel, Bibliographie, p. 354.

2 Ibid., p. 584.

3 GoEUEKE, Grundrisi, t. IL p. 23-24. On trouvera dans le même ouvrage divers jugements analogues portés par les contemporains.

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que dans les lieux publics, dans les rues, dans les ateliers, on chantât des chansons obscènes ou impies ' » . Dans son Miroir des époux (1570), il s'élève avec force contre les danses accompagnées de chants auxquelles prenaient part, de son temps, jeunes et vieux, hommes et femmes. « Danser n'est point un mal, » écrivait-il, « mais aux danses, on mêle des chants impudiques, et Ton semble croire que celui qui, pendant la ronde, peut faire passer dans ses chansons les plaisanteries les plus risquées, des propos qui bravent l'honnêteté avec une hardiesse inouïe, celui-là est le plus gai compagnon, le plus digne d'éloges. Aux chants, rimes, devinettes, on mêle des bouffonneries si grossières que certainement le démon lui-même les inspire*. » Un cantique imprimé à Nuremberg en 1371 flétrit avec énergie un refrain obscène très fréquemment chanté pendant la danse avec accompagnement de flûte et de violon ^ « Les danses à l'épée nue, accompagnées de chansons abominables, qu'on exécute maintenant en beaucoup de maisons, ne sont-elles pas infâmes, vraiment diaboliques? » lit-on dans un sermon prêché en 1527. « Tous les ans le nombre de ces chansons augmente, et l'on a soin de les répandre à profusion '. »

Voici le titre de quelques-uns des recueils du temps : La petite couronne de Vénus — La clochette de Vénus — Nouvelles chansonnettes amoureuses, avec des textes plaisants à lire et très amoureux — Petits bouquets mtisicaux composés des belles fleurs odoriférantes gui croissent dans le jardin de Vénus — Flèche d'or de Vénus — Délices du musicien, recueil de toutes sortes de chants nouveaux, amoureux et divertissants *.

Ces recueils allaient toujours en se multipliant, et les éditeurs, en en publiant de nouveaux, ne manquaient jamais de flétrir les anciens comme scandaleux et immoraux. Paul von der Aelst, dans la préface du chansonnier intitulé : Gerbe de chants et rimes morales (ißO^), écrit : « On a fait paraître en plusieurs de nos villes des recueils de chansons contenant nombre de pièces indécentes et licencieuses. Par de telles chansons, la jeunesse est pervertie, elle est entraînée dans le vice. » Le nouveau recueil, au contraire, ne contenait, au dire de l'éditeur, que les chansons les plus innocentes, les plus aimables, les plus chastes, car on avait eu pour but spécial de retirer les jeunes gens et les jeunes filles de toute condition, des vices du siècle, et de les attacher à la vertu. Néanmoins, le livre renferme quantité de

' Von der Musica.

* Ehespiegel, p. 294 et suiv. Voj'. Egidius Albertixus, De conviviis, p. 74-75. ' Weller, Atinalen, t. II, p. 435, n» 588.

* Sans indicaf.ioQ de lieu, 1557, 2 feuilles. En 1555, à Dresde, on incarcéra un certain nombre de personnes qui, de leur propre aveu, s'étaient livrées à des danses indécentes la nuit, nues ou en chemise, une épée à la main, autour de l'église ou sur les tombes du cimetière (Falke, Gesch. der Kurfürsten August, p. 331-332).

5 GoEDEKE, Grundriss, t. II, p. 70, 75, 79,80, 81.

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