CHANSONS D'AMOUR
chansons de la plus extrême indécence '. On peut en dire autant du petit chansonnier publié à Francfort en 1584, et dédié « à la jeunesse chaste et pudique - » .
Georges Förster, dont le chansonnier, très estimé de son temps, est une mine précieuse dinformations pour l'histoire de nos mélodies populaires (1539j, fit paraître à la même date une chanson absolument ordurière^ Il mit aussi en musique et disposa pour quatre voix le Calendrier du pcujsan, qui renferme beaucoup d"obscénités *. Les compositeurs de musique, Orlandus Lassus lui-même, montraient une prédilection marquée pour des sujets qui ne se prêtent aucunement à la musique. Ces sujets méritent toute notre attention, parce qu'ils caractérisent les goûts et les tendances de l'époque dont nous nous occupons. Lassus met en musique, pour être chantée par quatre ou six voix, l'histoire d'un vannier qui bat sa femme parce qu'elle n'a pas consenti à dire : « Dieu merci, la corbeille est finie! » les aventures d'une femme « énergique » qui assouplit avec le bâton l'humeur acariâtre de sa belle-mère et parvient à la mettre à la raison; les plaintes d'un mari sur les épreuves auxquelles le soumet sa femme, plus vigoureuse que lui; les lamentations d'une femme sur les tours que lui joue son époux. Voilà les sujets qui inspirent en général les musiciens du temps, sans parler de la Chanson du nez, d'un goût plus détestable encore ^
' Voy. la liste alphabétique de ces chansons dans Goedeke, t. II, p. 42-4". n» 36. Voy. Hoffmann von Fallersleben, dans le Jahrbuch de Weimar, t. Il, p. 220-356.
- Voyez-en le titre dans Goedeke, Grundriss, t. II, p. 42, n° 33'.
•■• Voy. Ambros, t. III. p. 397-398. A la vérité, Fürster cherche à réparer sa faute par la « chanson morale » qui lui fait suite. Mais cette chanson, outre qu'elle est mauvaise, est, au fond, tout aussi immorale que celle dont elle prétend être la contre-partie.
* Voy. Lilienkron, Deutsches Leben im Volkslied, p. 135-143. Voy. XLVII.
* Fi. ßoHX, Ort. de Lassus als Componist lüeltlicher deutscher Lieder. Voy. le Jahrbuch für Miinchener Geschichte, t. I, p, 198 et suiv. « Dans la Chanson du ne:, tontes les variétés possibles et impossibles des sensations de l'odorat sont décrites avec un réalisme repoussant. Les épithètes que contient cette chanson sont d'une grossièreté extravagante qu'on ne risque guère de se tromper on supposant qu'elles sont empruntées au jargon des plus basses couches populaires. Lassus s'est toujours énergiquement refusé à mettre son génie au service de farces obscènes. On ne trouve dans ses chansons aucun de ces propos que son collègue Ivo de Vento, organiste de la chapelle de Munich, ne se faisait aucun scrupule de mettre en musique, ce qui fait honneur à son caractère élevé et à son respect pour l'art. Il excelle dans les chansons à boire et dans les chansons d'amour. Si l'on ne trouve pas, dans ses lieder, ce sentiment profond, cette naïveté qui va droit à notre cœur et nous pénètre d'une indéfinissable émotion dans l'ancienne chanson populaire, il n'est pas rare d'y découvrir de délicieuses phrases. » « Une de ses meilleures chansons d'amour, Voici mai, semble indiquer, chez l'auteur, une sorte de regret d'avoir chanté jusque-là avec trop de simplicité et de naturel : il s'efforce, par les syncopes les plus enchevêtrées, les plus bizarres, de prouver que, même là où le besoin ne s'en fait nullement sentir, il est en mesure d'écrire avec une science stupéfiante. »