‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 420 sur 573 · NOUVELLES FORMES DE CHANSONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES FORMES DE CHANSONS

On ne parlait plus que pour les tourner en ridicule des simples mélodies du passé; le texte primitif de ces anciennes chansons s'était même tellement oublié, que Fürster, dans la préface de son recueil de chants, affirme avoir fait de vains efforts pour le retrouver; là où il lui fait défaut ou lui paraît trop visiblement altéré, il en substitue un nouveau'. Bientôt un art plus raffiné, plus exigeant de la forme, introduisit dans le lied allemand une foule de genres nouveaux, empruntés aux nations étrangères. C'en était fait du chant populaire en Allemagne-.

Dans les foires de librairie paraissaient tous les ans d'innombrables « madrigaux, canzoni. motets, villanelles, gaillardes, courantes, danses de Padoue, de Naples. saltarelles. ballets, parodies, etc. », en général très médiocres, et d'un goût prétentieux et faux. On pensait, on écrivait « à la mode welche », et cette mode excitait toujours le plus grand enthousiasme. Ce qui fait tout le charme du chant populaire, le naturel, disparaissait chaque jour davantage. On se plaisait aux allégories remplies d"allusions aux fables antiques, aux termes empruntés aux idiomes étrangers. Plus la musique devenait savante, plus vulgaires étaient les paroles. Aux chants pleins de sentiment et de mélancolie profonde dont la nature, l'absence, l'amour vrai avaient été les thèmes préférés, on substitua les chants bachiques, licencieux, orduriers. Il y eut aussi ce qu'on appela « les chansons de cérémonie » , composées pour les noces, les banquets, les grandes circonstances de la vie. Onrecherchait les« acrostiches », (t les échos», les < motti», etc. On goûtait aussi beaucoup les « quolibets », mélange informe de fragments de chansons connues, placés à côté les uns des autres, et formant les coq-à-l'âne les plus extravagants. Ces <i quolibets » semblent le fidèle reflet de la vie aux flots troublés de ce siècles L'un d'eux, composé en 1610, se distingue entre tous par son abominable licence *.

' Voy. Wackernagel, Gesch. der deutschen Litleratur,-p. 395-397.

- Riehl (Cullur Studien,^. 349 et suiv.) remarque, dans son chapitre sur le chant populaire, que le peuple est très capable de faire à lui tout seul son éducation musicale, et cela d'une manière excellente, " pourvu qu'aucune influence étrangère ne vienne troubler l'effort personnel. » « Le peuple n'a de joie 'que dans ce qui lui appartient en propre. Seul vraiment populaire et sain est le chant dont la forme et la pensée sont entièrement de lui, et n'exprime autre chose que ce i:pi'il comprend, ce qu'il est, pour ainsi dire, contraint d'exprimer. Les formes et les pensées musicales étrangères à l'organisme d'un peuple, qui lui viennent du dehors et qu'il ne peut s'assimiler complètement, n'ont en général aucune saveur. »

5 HoFF.M.\NN- vox Fallerslebex, GesellscliaflsUeder. t. VIII-X. « Cependant la chanson allemande, dans la seconde moitié du seizième siècle, ne subit pas entièrement la loi des Italiens ou des Hollandais » (Voy. Bohn, Jahrbuch für Münchener Gesch., t. I, p. 185-186).

* Voy. Ambros, t. III, p. 397: Gervixds, t. II, p. 284 et suiv.; Hoffmann von Fallerslebex, dans le Weimarer Jahrb., t. II, p. 320 et suiv.

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