POESIE DES COURS PRINCIERES
Montagnes, vallées, gazons et feuillage.
Que nulle rosée ne vous rafraîchisse Avant que vous n'ayez gémi avec moi * -!
Les poètes de cour chargés, par un insigne privilège, « d'immortaliser tous les grands événements^, joyeux ou tristes, des familles princières, baptêmes, mariages, funérailles, fêtes brillantes, » créèrent un genre spécial de poésie.
Philippe Agricola, en 1381, décrivit en vers une course de bagues qui venait d'avoir lieu à la cour de Jean Georges, margrave de Brandebourg; la même année, « emporté par sa verve poétique, » il composa « un souhait de bonheur » dialogué, où la tourterelle et le rossignol chantaient à Tenvi l'heureuse délivrance de Madame Elisabeth, épouse de Jean Georges ' : Georges Pfund, directeur de musique à la cour de Brandebourg, enrichit le Parnasse, en 1610, de plus de deux mille vers célébrant les joies, douleurs^ espérances ou événements dignes de mémoire qui se sont passés dans la très illustre famille princière du noble Electoral de Brandebourg *; Jean Ditmar déplore, en 1383, le Départ pour la céleste patrie et les solennelles funérailles de Frédéric Guillaume j duc de Saxe: Georges Molysdarfmus publie, en 1585, Le noble crancel in, avec son beau secret, ce qui signifie la magnifique entrée du glorieux roi Jean Christian dam la noble maison électorale et princière de Saxe; Balthazar Mentzius, de Nimègue trace en vers le Portrait authentique de V illustre prince Auguste ^ duc de Saxe.
Cependant les poètes de la cour de Saxe ne faisaient pas grande figure dans le monde. Dans le mémorial officiel de la cour, leurs noms se trouvent mêlés à ceux des plus bas officiers, écuyers tranchants, dompteurs de lions, preneurs de rats, etc. *.
Presque dans tous les territoires princiers, « la plus grande ingénia poétique » était requise quand il s'agissait de célébrer dignement la gloire des illustres princes régnants, leurs fêtes, la magnificence de leurs entrées^, etc. Une des plus curieuses pièces de ce genre, dédiée au comte Christophe de Wurtemberg, est intitulée : Le jardin de plaisance de la nouvelle poésie allemande, décrit en cinq livres et mis en vers par Mathieu Holzwart, d'Harhourg, à la gloire de l'illustre maison princière de Wurtemberg.
La mythologie^ l'histoire ancienne et moderne sont mises à contribution par fauteur, et s'amalgament comme elles peuvent '
'"- Voy. notre o^ volume, p. 108.
3 Weller, Annalen, t. I. p. 337, n» 236-237.
'' Voy. Friedlaxdeb. t. XI. note.
5 Miller, Forschungen, t. I, p. 196.
fi Voy. les ouvrages cités par Gœdeke, Grundriss, t. IL p. 326, n"* i et suiv.
■^ A la dernière page on lit : Imprimé à Strasbourg, chez Josiam Rihel, 1568.