HANS SACHS SUR LES MOEURS DE SON TEMPS
douleur. 11 reproche aux nobles de violer le troisième commandement parles combats d'escrime^ la chasse, les excès de table^, etc., etc. Il s"écrie : « Dieu est comme obligé de nous reprendre dans sa colère, car nous violons son saint jour, nous le profanons par des actes impies, nous nous conduisons comme de véritables mameluks ! » « L'autorité est tenue de sévir contre des mœurs si peu chrétiennes; car Dieu a voulu que nous eussions un jour de repos, nous, nos bêtes de somme, nos serviteurs, nos servantes, nos femmes et nos enfants; il ordonne que non seulement le corps se repose, mais que l'àme ait aussi son sabbat; il veut sur toutes choses que ce jour-là nous élevions nos cœurs vers lui. dans le calme et la liberté. »
Pour combattre la licence des mœurs, Sachs rappelle l'exemple des premiers chrétiens. « On excommuniait alurs ceux qui menaient une vie de désordres, » dit-il, « mais maintenant la conscience humaine est endurcie. De jour en jour elle s'enhardit davantage, elle ne garde plus aucun ménagement, elle n"a plus honte d'aucun excès. On voit circuler dans nos rues les filles perdues, les suborneurs, les libertins. Le vice abonde plus cliez nous qu'il n'a jamais abondé chez les juifs et chez les pa'iens; il s'étale à tous les yeux sans pudeur. On s'en vanterait presque, et personne n'élève la voix pour le flétrir '. »
Lorsque Sachs exhorte à la prière, à la patience dans les épreuves, à la confiance en Dieu -, il nous parait bien sec, bien terre à terre, surtout si l'on compare son style monotone à l'ardent lyrisme religieux d'une Thérèse de Jésus, d'un Louis de Grenade, et de tant d'autres grandes âmes de son temps ; néanmoins, ses vers témoignent d'une piété sincère, et laissent une impression bienfaisante. Au milieu de tant de ruines morales, il reste lui-même. L'honnête maître chanteur ne comprend rien au souffle nouveau qui agite son siècle.
La Complainte de Dame Labeur est prise sur le vif des mœurs contemporaines. On demande à Dame Labeur pourquoi elle a si peu de suivants : « En voici la raison, » dit-elle. « on rogne le salaire des travailleurs, on les exploite cruellement, on retient ce qui leur est dû, et pourtant le vieux proverbe dit vrai : Tout ouvrier mérite son salaire. Chacun cherche son propre intérêt; on s'aigrit, on se querelle, la besogne est mal faite, l'ouvrier devient paresseux, arrogant, ivrogne. » Dame Labeur s'élève contre les accapareurs : « Ils ruinent tout le pays avant que l'ouvrier n'ait reçu le salaire du patron, un tiers survient, qui empoche tout le bénéfice. Aussi l'ouvrier a-t-il grand'peine à nourrir sa famille; peu à peu. il tombe dans la plus complète détresse. Autrefois, il n'y avait
' H.\Ns Sachs, t. I, p. 193.