HANS SACHS SLR LA QUESTION SOCIALE ET RELIGIEUSE
pas autant de paresseux; l'oisiveté engendre la famine, la violence; tout le monde, à présent, entend ne pas travailler et bien vivre. D'ici à peu, il y aura un terrible gâchis en Allemagne ! Tout penche vers la ruine ' ! »
Sachs, Ihonnête cordonnier, ne pouvait guère avoir des aperçus bien profonds sur la question religieuse -, en un temps où tout était hors des gonds, oùlïncertitude et le trouble gagnaient toutes les âmes.
Il paraît certain que, dans une entière bonne foi, il s'était attaché à la nouvelle doctrine. Une de ses pièces de vers célèbre Luther, qu'il compare au rossignol, dont la voix éclatante et pure précède le lever du soleil. « Cest Luther, » dit-il, « qui a annoncé la bonne nouvelle, la nouvelle que le chrétien est sauvé par la foi seule, et que les (liuvres ne servent de rien; » Aux yeux de Sachs, l'Eglise romaine n'est qu'une invention humaine, le Pape est l'Antéchrist; par ses innombrables commandements, il précipite les âmes dans Tabime infernaP. Au commencement du règne glorieux de Charles-Quint, la parole de Dieu a pris son essor'' : Luther a délivré la théologie (c'est-à-dire la Bible)» de la « prison babylonienne "* » . — Pour remédier au terrible chaos théologique résultant d'interprétations contradictoires de la sainte Écriture. Sachs ne sait qu'un moyen : croire en la Bible, croire fermement, simplement. Il constate avec effroi que l'Allemagne est remplie d'hérésies, de cabales, de sectes : « Chacun prétend interpréter la sainte Écriture à sa mode, selon son intérêt et pour son plus grand avantage et profit. » » Nul hérétique, si grossier qui ne s'imagine être en état de scruter les Écritures, le plus ignorant croit s'y entendre; autant de têtes, autant d'avis. Chacun est convaincu que son voisin pense de travers, que lui seul est dans le vrai, que tous se trompent, excepté lui :
On écrivasse, on discute,
Chacun soutient son opinion;
On altère les textes
Pour fortifier ce qu'on avance.
Par là, il est aisé de comprendre
Que le péril est grand.
Que tout est difficile et scabreux, de nos jours,
Car les docteurs sont divisés.
Et ce ne sont pas seulement les docteurs, ce sont les la'iques qui
' Voy. par exemple, t. I, p. 363, 423-428.
3 Hans Sachs, t. VI, p. 386.
*T. II, p. 371.
5 La théologie et la Bible étaient, pour lui, même chose (Voy. t. I, p. 341, vers 9 et 10).