‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 432 sur 573 · SATIRES — ULRICH DE HÜTTEN · texte numérisé non relu

SATIRES — ULRICH DE HÜTTEN

Ulrich de I kitten fut Tun des principaux meneurs de cette révolution, que Muiner stigmatisait avec tant d'énergie. Ce <• noble poète >faisait preuve « d'un zèle infatigable pour la grande cause x. Dès 45:20, ses écrits incendiaires avaient un immense retentissement. 11 n'avait pas craint de déclarer à Charles-Quint, dans un manifeste violent, que son dessein arrêté était de renverser de fond en comble l'ordre établi. Le Pape, selon lui, n'était quun brigand mitre, et le repaire de ce brigand s'appelait l'Église de Rome : « Que tardonscatholique, '• remarque Kurz, « rien n'a encore pté tenté pour réhabiliter le redoutable adversaire de la Réforme. » L'écrivain qui a pris son parti avec le plus de chaleur, c'est Charles Gœdeke. Dans l'intrüduction de lu Conjuration du grand fou lutliérien (Leipzig, 1879, p. viii-liii). il dit : « Murner a été constamment traité d'agres.<eur par le.s Luthériens, bien qu'il n'ait jamais fait que défendre l'ancienne Eglise. Mais c'est ainsi qu'on raisonnait alors; on le traita en conséquence. Injures, calomnies, dili'amations, tout parut bon pour combattre son intluence. Sa vie même n'était pas en sécurité: il fut persécuté, traqué comme un vil malfaiteur. De nos jours encore, l'esprit de parti le plus passionné souflle de temps en temps dans le vieux cor de chasse du seizième siècle, et nous voyons des érudils, d'ailleurs bien intentionnés, subir l'influence de l'idée traditionnelle.» « Les humanistes de Strasbourg se distinguèrent entre tous dans leur acharnement contre Murner ; ils écrivaient contre lui des pamphlets de la dernière violence; on le traitait de calomniateur, tandis que c'était lui qui était le calomnié et l'insulté. Durant toute sa carrière de polémiste, on ne se servit jamais d'autres armes pour le combattre. Aussi ne faut-il pas s'étonner que. dans les siècles suivants, son image apparaisse entièrement déligurée. L'accusation si souvent répétée, qu'avant la réformation Murner attaque, et qu'après la réformation, il défend ce que les réformateurs attaquaient, est absolument dénuée de fondement. Avant comme après Luther. Murner s'élève contre les abus, mais jamais il ne s'attaque à la constitution de l'Eglise romaine, au culte de la Vierge ou des saints ; jamais il n'a touché à la doctrine catholique sur la Messe, sacrifice e.\piatoire pour les vivants et pour les morts. On ne peut donc sans injustice lui reprocher, comme on se plait si souvent à le faire, d'avoir été réformateur avant la réformation, puisqu'il n'a jamais attaqué un seul dogme de l'Eglise. Mais cela ne suffit pas pour lui rendre pleine justice, il faut encore reconnaître en lui l'un des religieu.\; les plus éclairés, les plus indépendants, les plus courageux de son siècle. On lui impute à crime de n'avoir pas fait plier les convictions de toute sa vie, la doctrine qu'il avait si longtemps prêchée, devant les doctrines de Luther, comme si l'attachement fidèle à sa foi eût été de sa part une obstination coupable ! Luther n'était qu'un individu isolé, et comme tel, au point de vue où se plaçait Murner, il n'avait pas le droit plus que lui, Murner, de changer les bases de la constitution de l'Eglise. Avant comme après la Réforme, Murner voulait le retrani'hement des abus et le maintien des institutions du passé, mais il ne voulait les voir changer que par ceux qui en avaient reçu le pouvoir. C'est en quoi il se sépare absolument des réformateurs. 11 y avait encore, entre eux et lui. un autre motif de complète scission : Murner n'était nullement convaincu par les arguments luthériens, il les combattait d'après les principes de l'Eglise, et cela avec une grande compétence, sans passion personnelle, et dans un langage qui. tout mordant, tout rude qu'il nous semble, peut être appelé calme et modéré, ii nous le comparons à la polémique de ses adversaires, et même à

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