ULRICH DE HÜTTEN — APPEL A LA GUERRE DE RELIGION
nous encore? » s'était-il écrié. « L'Allemagne n'a-t-elle plus d'honneur? i\"a-t-elle plus de feu? Rome est la mère de toute impudicité, le cloaque de la débauche, l'inépuisable étang du vice et, pour la détruire, il faut, comme on n'hésite pas à le faire en cas de fléau public, accourir en masse, carguer toutes voiles, seller tous les chevaux, déclarer hardiment la guerre, mettre tout à feu et à sang! » Il invitait les cités et le peuple à courir aux armes pour la sainte cause de la religion. Il avait écrit sur son étendard la devise citée par Murner : Évangile, Liberté, Vérité. A l'entendre, le renversement de la Papauté était voulu de Dieu. Or on ne pouvait obéir à Dieu sans se servir du glaive, sans effusion de sang :
Le moment est venu, levons- nous en niasse! Marchons à la conquête do la liberté, Car Dieu le veut!
« Quiconque ne prend pas à cœur cet appel, » déclarait Ilutten, « n'aime pas sa patrie, et ne connaît Dieu qu'imparfaitement. »■
Accourez, pieux Allemands,
Faites retentir en tous lieux la parole de vérité!
Braves lansquenets, hardis cavaliers.
Vous tous, hommes au généreux courage.
Joignez-vous à moi.
Courons étouffer la superstition !
Nous ramènerons la vérité en triomphe,
Mais sachez que ce triomphe ne peut s'obtenir paisiblement.
Il faut qu'il nous coûte du sang !
celle d'autres champions de l'Eglise catholique. » « Des trente-deux opuscules qu'il a composés contre Lutiier, à l'exception de son poème sur le dépérissement de la foi, six ou sept seulement ont été imprimés. Il ressort de la lecture de ces petits traités que jamais Murner n'a méprisé les arguments que Luther tire de la sainte Ecriture ; au contraire, il les étudiait avec grande attention ; mais ce qu'il niait, c'est que Luther fût un interprète fidèle de la parole de Dieu. S'il a continuellement recours à l'exégèse catholique, s'il la met au-dessus de tout, c'est qu'il préfère à la version d'un individu celle qui a été adoptée depuis des siècles par toute la Chrétienté. Quant à Luther, il avait une toute autre manière d'argumenter. Pour mettre les rieurs de son côté, il parle sans cesse des poux qui courent sur le froc de Murner, et fait imprimer contre lui un pasquin qu'il prétend lui avoir été envoyé des pays rhénans, mais qui, en tout cas, n'a jamais été publié que par lui. » Gœdeke parle ensuite des pamphlets répandus contre Murner : « En dépit de leurs mensonges flagrants, >> dit-il, « ces pamphlets sont encore la source principale où puisent nos modernes historiens. » « A ces pamphlets, Murner riposta dans sa Conjuration du grand fou luthérien, le meilleur de ses ouvrages, où régnent un enjouement, une gaieté, une verve qu'on ne rencontre à ce degré dans aucune production du siècle de la Réforme. Le conseil de Strasbourg, qui faisait preuve envers lui de la partialité la plus évidente, interdit le poème et en défendit l'impression. Pendant ce temps, ceux qu'on a coutume d'appeler les réformateurs de Strasbourg, c'est-à-dire les révolutionnaires religieux, de connivence avec les autorités, avaient toute liberté de mentir et de calomnier à leur aise. » « En 1524, la haine depuis longtemps attisée par Bucer, Gapito et ceux de leur parti, prit de telles proportions que Murner en aurait