SATIRES CONTRE LES MOEURS
rer '. » « Comme le petit troupeau des chrétiens fidèles peut le constater tous les jours, beaucoup, dans les villages et dans les villes, ont presque perdu le goût de vivre. On marche, je puis vous l'affirmer, comme si Ton avait reçu un coup de massue sur la tête ! On ne prend plus aucun soin de son propre bien; on voudrait presque être étendu dans sa tombe -. » Ringwalt, en publiant ce petit poème, et dans un autre plus célèbre : Le fidèle Eckart (1558), déclare avoir eu la bonne et loyale intention de porter les âmes à la pénitence, à l'amélioration des mœurs; mais il doute beaucoup du bon succès de ses efforts :
« Non, mes rimes ne parviendront pas à arracher le monde de la glu du diable; le monde prend plaisir à y demeurer collé, hélas, à son grand préjudice ^ ! »
Gomme presque tous ses contemporains, il affirmait que, dans le temps jadis, avant Luther, les gens étaient plus charitables, donnaient beaucoup plus libéralement aux églises et aux écoles :
« En vérité, je vous le dis, mes bons seigneurs f si les anciennes dîmes et redevances établies par nos pères sur le blé, le vin. etc., n'existaient plus, s'ils n'avaient pas donné pour l'entretien des serviteurs de Dieu, pour aider le prédicateur dans sa sainte mission, pour la construction des églises et l'entretien des écoles, curés et maîtres mourraient de faim. A l'heure quïl est, tout tomberait en ruines, et nul n'en aurait cure, car personne maintenant, pour les choses d'église, n'est disposé à porter une obole dans la bourse du Seigneur ! »
« Autrefois, nos ancêtres catholiques faisaient vivre un grand nombre de prêtres et de religieux; tout ce qu'ils donnaient, ils le donnaient de bon cœur, volontairement et joyeusement, et néanmoins ils ne manquaient de rien ; maintenant, c'est à peine si l'on a de quoi donner un maigre salaire à cinq ou six instituteurs, dans une ville chargée de pourvoir, à cause du Christ, à l'entretien des paroisses et des écoles. »
« Dans ces temps malheureux, les gens ont mauvaise volonté, ils répugnent à faire une juste part de leur bien pour le service de Dieu! Et pourtant leur dureté de cœur ne les engraisse guère ! Ils ont attiré sur eux la malédiction divine, comme Moïse l'avait prédit. Jadis on était heureux de donner; maintenant cette joie est chose inconnue! Autrefois on élevait à la gloire de Dieu des édifices admirables! On voyait se multiplier ces couvents, ces églises magnifiques qui sont encore sous nos yeux; maintenant on n'entretient même pas le toit de la maison du Seigneur; les ordures s'y
' Die lauter Wahrheit, édition de 1588, f. A'.
- Edition de 1597, p. 4. Voy. Hoffmann von F.^llersleben, B. Ringvaldl, p. 3.
3 Edition de 1588, p. 271. Voy. p. 295-296.