‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 438 sur 573 · SATIRES CONTRE LES MOEURS · texte numérisé non relu

SATIRES CONTRE LES MOEURS

« N'est-ce pas une honte que, dans presque toutes nos églises, nos pasteurs s'emportent furieusement les uns contre les autres ? S'ils se querellent ainsi^ c'est pour la vaine gloire et non pour la doctrine ; le maudit orgueil^ Tenvie, sont cause que. de notre temps^ il est très rare que chapelain et curé vivent en bonne intelligence. Que de fois ils se brouillent pour des choses de rien! C'est un scandale que d'entendre la chaire retentir de leurs injures, à tel point que fréquemment le peuple se soulève et l'émeute éclate. Entre le pasteur et le chapelain^ c'est parfois une guerre acharnée. La faute en est presque toujours aux femmes; l'orgueil les entraîne, les séduit, elles montent la tète à leurs maris '. »

L'humble supplique que le poète adresse aux autorités, à tous les princes et seigneurs chrétiens, afin qu'ils prennent les prédicants sous leur protection, et que la nécessité de pourvoir aux besoins de leur famille ne les force pas à s'expatrier, est vraiment émouvante. 11 insiste surtout pour qu'après la mort d'un prédicant sa veuve soit assistée :

« Afin que, d'une heure à l'autre (la chose s'est vue plus dune fois), la pauvre feinme ne soit pas chassée de la cure comme une vraie servante de ferme, que les seigneurs veillent sur elle avec bonté, iju'ils la maintiennent, s'il est possible, au service du digne homme qui succède à son seigneur; que, si elle ne convient pas pour le mariage, ils lui donnent anniim gratiœ, comme le fait généreusement chez nous 1 Electeur du Brandebourg, le margrave Jean Georges, père très clément de son peuple. Ainsi le sort de la pauvre veuve sera moins amer; aussitôt la mort de son mari, elle ne tombera pas dans la misère, elle et tous ses enfants, qui souvent sont encore à élever -. »

Ringwalt s'élève avec force contre l'ivrognerie, < le plus grand de tous les vices allemands, » et contre l'amour extravagant de la parure, vice qui va toujours croissant, malgré la difficulté des temps :

« Hélas, que deviendrons-nous si la terrible vanité qui nous possède continue à nous égarer, car de notre temps elle règne dans toutes les classes ^ ? î

Pour décider les pécheurs à faire pénitence, il essaye, dans son Fidèle Eckart, de décrire l'enfer : il prête une voix aux damnés, et fait une peinture horrible de leurs tortures pour inspirer aux âmes un salutaire effroi :

« Ils courent çà et là comme des chiens enragés, la bouche béante. De cette bouche pend une langue empestée, noire, longue de dix

Die lauter Wahriieit, p. 273-276, 345, 334-3o3. -P. 328-331.

^Die lauter Walirksit, p. 38 ei suiv.

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aunes. Ils ont de grands yeux ronds^ comme des boules de fromage, et de ces yeux, lorsqu'ils se meuvent, jaillissent des milliers détincelles'. «

Il ne parle qu'avec respect du « bon vieux temps catholique » et le compare au présent; mais cela ne l'empêche pas de tonner contre l'Antéchrist de Rome, « cette hideuse coque du diable -. » Pour le rendre odieux à ses coreligionnaires, il affirme que le Pape permet aux Catholiques de commettre impunément l'adultère et tous les crimes imaginables; que lorsqu'ils se sont livrés aux plus honteux excès, les Catholiques s'imaginent être pardonnes, pourvu qu'ils fassent dire une messe à sainte Marie, et aussitôt après, ils recommencent leur vie de désordre, et se plongent dans tous les vices ^ .

Waldis avait dit que le diable avait introduit la messe dans le monde au moyen de papistes possédés du démon*: un autre poète place le dialogue suivant au bas d'une gravure où la messe est symbolisée par un monstre hideux : « Bon compère, explique-moi, je te prie, pourquoi il y a tant de diables dans l'enfer, tandis qu'il n'y a qu'un seul Dieu dans le ciel. » « Ahl cher frère, aie patience, je vais te le faire comprendre ! C'est la faute des moines et des prêtres, car si en disant leur messe, ils avaient mangé autant de démons que de dieux, ils en auraient tant dévoré qu'à peine en serait-il resté un seul* ! >' De telles plaisanteries sont dignes' du génie de Fischart.

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