‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 441 sur 573 · FI S CHART ET LA PERSECUTION DES SORCIERES · texte numérisé non relu

FI S CHART ET LA PERSECUTION DES SORCIERES

qu'il poursuit l'Église catholique de son inextinguible haine, et ne rougit pas d'insulter jusqu'aux cérémonies instituées par Luther pour ladministration des sacrements du baptême et de lEucharistie ', tandis qu'il s'érige en censeur sévère des mœurs^ des folies et des vices de son temps, il se fait l'avocat du plus odieux, du plus répulsif des crimes de l'époque : la répression sanglante des sorcières. Presque dans toute l'Allemagne, et particulièrement dans le pays (}u'habitait Fischart, se dressaient des bûchers où les sorcières périssaient par centaines. Jean Weyer, médecin de Guillaume IV, duc de Juliers-Clèves-, est un des rares princes de son temps qui, touché de compassion pour les malheureuses victimes, ait pris courageusement leur défense. Aussi Weyer est-il traité d'apostat et d impie dans un grand nombre d'écrits du temps; Jean Bodin, conseiller au ])arlement de Paris, l'attaqua surtout avec la dernière violence. « Weyer attente à la gloire de Dieu, » écrivait-il; « il cherche à attendrir les juges en faveur des sorcières, comme si ces misérables n'étaient pas justement condamnées à périr! » (1580). •< Abandonné de Dieu, Weyer s'est donné au démon: son langage et son livre sont diaboliques; il travaille à accroître sur la terre l'empire de Satan. » C'était, en vérité, se montrer jjien injuste. « 3Iais ne semblet-il pas incroyable à tout cœur enflammé de zèle pour la gloire de Dieu, •> ajoutait Bodin, « qu'instruit des exécrables blasphèmes des sorcières, Weyer ne soit pas animé d'une juste indignation contre elles? » Par zèle pour la gloire de Dieu, chacun, suivant Bodin, devait faire preuve d'un saint zèle, et réclamer le châtiment des pauvres femmes '.

En Allemagne, Jean Fischart crut, lui aussi, avoir reçu de Dieu la mission de venger sa gloire outragée. Il fit paraître la traduction d'un ouvrage de Bodin intitulé : De l'armée diabolique, furieuse et dissolue des sorcières et sorciers possédés du diable, évocateurs de démons,

haut fait intellectuel ».« Rabelais, » dit-il,« n'a rien combattu davantage, il n'a rien exécré d'une haine plus amèn^. que l'Eglise catholique et la « moinerie »; mais il ne lui a pas été donné de voir la France délivrée du poison de Rome; il n'a mémo pu entrevoir cette délivrance. Fischart était protestant; son pays était en train de remporter une victoire éclatante sur l'Eglise romaine. De là le courage joyeux qu"il apporte dans la lutte. » Plus loin (p. 280), l'auteur fait remarquer que Michel Lindoner est l'écrivain allemand dont l'esprit a le plus de ressemblance avec celui de son maître. « Ce bon compagnon, quelque peu licencieux (seulement quelque peu!! ), rappelle Fischart par sa verve comique beaucoup plus rude et moins riche d'idées que la verve débordante et pétillante d'esprit du maître; mais il mérite d'être nommé parmi ses précurseurs. » Nous verrons plus loin, dans Je chapitre intitulé : Littérature légère, quelle sorte de « bon compagnon » était Lindener.

' Voy. notre 5' volume, p. 333-355.

- Nous reviendrons plus tard sur lui dans le chapitre sur la sorcellerie.

^ Dœmonomania Mayorum, ira.ducüon de Fischart (1591). A. V. Die Wiederleguiuj der Meinungen and Ofinio)ieii hihanni!< M'eyer, p. :258-297.

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(liseurs de bonne aventure, magiciens, empoisonneurs, larrons, malfaiteurs nochirnes, et de toute la race des enchanteurs. Livre oii sont révélés tous leurs infâmes commerces, et oh l'on explique pourquoi, d'après la loi, ils doivent être poursuivis, recherchés, traqués, réprimés et châtiés K Le livre ne s'adressait pas seulement aux juges, aux conseillers^ aux juristes, aux autorités, en un mot à ceux qui sont chargés de rendre la justice; mais à tout le peuple chrétien, qu'il était indispensable d'éclairer sur les diaboliques agissements des sorcières. L'auteur voulait enseigner à tous le moyen de se mettre à l'abri de leurs sortilèges et de leurs embûches. Il était convaincu de l'utilité de son livre, aussi souhaitait-il de le voir prendre place parmi les ouvrages les plus répandus d'instruction populaire. Dans sa préface, il proteste de sa loyale intention ; il se propose d'éclairer ses compatriotes, de servir sa patrie; sur la question du châtiment des sorcières, il entend faire la pleine lumière, afin que le péril toujours renaissant, toujours menaçant dans les pays allemands, puisse être énergiquement conjuré. « Il est temps, « dit-il, « de mettre un terme à l'incertitude, au doute, à la discussion perpétuelle sur la punition qu'il convient d'infliger aux coupables. '

Jamais en Allemagne on n'avait présenté aussi légèrement, aussi imprudemment comme vérité reconnue tout ce dont la haine et la répulsion populaires chargeaient les sorcières; jamais on n'avait livré ces malheureuses aux supplices avec une plus impitoyable dureté. Que Weyer eût osé élever la voix en faveur « de pauvres petites femmes atteintes de mélancolie », est considéré par Fischart comme une marque dimpiété manifeste. « Plus il y a de femmes, plus il y a de sorcières, c'est un proverbe hébreu bien connu, » écrit-il. « Les femmes sont tellement portées à la sorcellerie que, pour un sorcier, on compte cinquante sorcières. » « Ce n'est pas leur faiblesse, leur imbécillité qui en est cause, c'est leur intolérable esprit de contradiction et d'obstination. Si elles supportent souvent la torture avec plus de constance que les hommes, cela vient de la violence de leur instinct animal, ({ui les pousse à la satisfaction de leurs désirs, et les porte à se venger quand elles ne peuvent les satisfaire. Peut-être Platon avait-il compris ces choses, car il place la femme entre l'homme et l'animal, et si les poètes de l'antiquité disaient que Pallas, la déesse de la sagesse, était sortie du cerveau de Jupiter et n'avait pas eu de mère, c'était pour montrer que la sagesse ne saurait venir des femmes, qui se rapprochent beaucoup plus de la brute que l'homme. » ^ Weyer extravague quand il dit que les femmes sont

' Strasbourg, 1581. En 1582, Fischart prépara une nouvelle édition d'un ouvrage latin sur ce même sujet : Maliens vialeficarum. Nous en parlerons plus tard en détail lorsque nous nous occuperons de la sorcellerie.

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