‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 442 sur 573 · FIS CHART ET LA PERSKCUTION DES SORCIERES · texte numérisé non relu

FIS CHART ET LA PERSKCUTION DES SORCIERES

ordinairement portées à la mélancolie ! Les nobles effets dun tempérament mélancolique sont, au dire des philosophes et médecins de lantiquité, la sa.yessc. la modestiC; la prudence^, la prévoyance, la réflexion,, qualités qui s'accordent aussi bien avec le caractère dune femme que le feu avec l'eau ' . >■ << Une autre preuve d'impiété chez Weyer, c'est qu'il refuse d'accorder aucune créance aux aveux des sorcières et des magiciens. Il prétend que les crimes dont ils s'accusent sont imaginaires, chimériques : comme si, par le pouvoir du démon, tout ne devenait pas possible à ceux qui se sont donnés à lui ! » L<àdessus, les faits les plus invraisemblables, attestés par des savants considérés de tous, sont exposés aux lecteurs : Gaspard Peucer, gendre de Mélanchthon, avait affirmé que les hommes peuvent se transformer en loups, observant qu'on n'avait jamais vu d'exemple du prodige contraire - ; en Livonie, vers la fin de décembre, tous les sorciers se réunissaient en un même lieu : « Si l'un d'eux se met en retard, le diable, armé d'une fourche, contraint brutalement le coupable à venir à l'assemblée : on peut voir ensuite sur son corps la trace des coups qu'il a reçus. Lorsque les sorciers sont tous réunis, le chef se met à leur tête, et toute la troupe, composée de plusieurs milliers d'hommes, lui fait cortège. On arrive ainsi jusqu'au bord d'un ruisseau qu'on traverse : aussitôt après, tous les sorciers sont changés en loups; ils se jettent sur les paysans, sur les bestiaux, et causent de très grands ravages dans les campagnes. Au bout de douze jours, ils se réunissent de nouveau au bord du même ruisseau, et redeviennent hommes. Nulle part les loups-garous ne sont aussi nombreux qu'en Livonie: mais dans les autres pays, on en voit aussi en grand nombre ^ » Joachim Camerarius assurait avoir connu des sorcières qui se servaient de têtes de morts pour faire parler le diable. Un chancelier de Milan avait en sa possession une bague, au moyen de laquelle le diable paraissait dès qu'il était évoqué, et répondait à toutes les questions qu'on lui posait. Grégoire Agricola connaissait en Saxe une mine qui avait été découverte d'après les indications du démon ; un esprit malfaisant, incarné dans un cheval, avait tué douze personnes dans ce même pays; au dire de Louis Lavater (de Zurich), les enfants nés pendant les Quatre- Temps étaient plus tourmentés par les spectres que les enfants nés à toute autre époque, et le diable choisissait de préférence, pour ses enchantements, la nuit du vendredi au samedi. Fischart faisait un crime à Weyer d'avoir étudié chez Cornélius Agrippa de Nettesheim,

' De Dœmonomania Magorum (voy. plus liant, p. 220, note 3), p. 266-269. - P. 122-286.

^ P. 122. Le duc de Prusse, prétendait-on, avait contraint un enchanteur à se changer en loup et l'avait fait ensuite périr sur le bûcher (Guoss, p. 127).

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lequel^ le fait était connu^ menait toujours avec lui un démon sous la forme d'un chien noir appelé Dominus K Voici de quels crimes Fischart chargeait les sorcières et les sorciers : Ils reniaient et blasphémaient Dieu et toute religion: ils adoraient le diable; les mères lui consacraient leurs enfants avant qu'ils n'eussent reçu le baptême : ils consentaient à frapper quiconque avait été désigné à leur vengeance^ pourvu qu'on les payât: ils mangeaient de la chair humaine (surtout la chair des jeunes garçons i^ et quand ils ne pouvaient s'en procurer, ils déterraient les cadavres, ou bien ils allaient chercher à la potence une horril^le nourriture. Tous ces faits^ à en croire Fischart, avaient été maintes fois constatés; de plus, les sorciers se débarrassaient de ceux qui leur étaient hostiles par le poison^ les maléfices: ils faisaient périr les bestiaux, détruisaient les moissons, causaient la famine, renchérissement, les mauvaises récoltes^, entretenaient des relations infâmes avec le démon, etc.

Au lecteur saisi d'horreur par la révélation de tant de forfaits. Fischart disait : « Ne sont-ce pas là des crimes abominables? Le moindre d'entre eux ne mériterait-il pas un châtiment exemplaire? Il est vrai que chacun de ces misérables ne les a pas commis en totalité : mais on a constaté que les enchanteurs et sorcières qui ont fait un pacte avec le diable et lui sont vendus, sont capables de les commettre tous, ou du moins la plus grande partie d'entre eux. Il suffit d'ailleurs que quelques-uns s'en soient rendus coupables, pour qu'on soit en droit de châtier toute l'engeance, non pas en se conformant strictement au texte de la loi, mais d'après ce que le juge aura décidé dans sa juste appréciation -. »

Voilà les principes que soutenait Fischart, « le très loyal et très savant légiste, » le futur bailli de Forbach.

Tandis que Weyer exhortait les juges et les magistrats à la modération, à la pitié, Bodin et Fischart, au contraire, réclamaient contre eux la rigueur la plus extrême et la plus impitoyable. Le juge qui adoucirait les châtiments édictés par la loi ou qui irait jusqu'à les supprimer, devait, à leur avis, être puni par la confiscation de ses biens, ou même par l'exil; et s'il prétendait, en son âme et conscience, ne pouvoir ajouter foi aux crimes attribués aux sorciers, ni admettre qu'ils eussent mérité la mort, il ne fallait avoir aucun égard à son opinion, « car si l'on devait avoir recours aux voies ordinaires de la justice, » disait Fischart, « sur cent mille sorciers, il n'y en aurait pas

' P. 72-93, 155-166. 2C0. Dans sa préface (p. 1), il conseille, il est vrai, au lecteur de ne pas ajouter foi, de ne pas approuver toujours et partout ce que confient son livre; il l'avertit « de ne pas charger son estomac de mets qu'il ne pourrait supporter »; il l'engage à s'informer de la manière dont ils ont été préparés, et pour quelle raison. Mais près de qui pouvait-cn prendre ces informations?

- Von den Siraffen, so die Zauberer und Unholdhen beschulden, p. 234 et suiv.

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