THEATRE SATIRIQUE — PAMPHILE GENGENBACH
trine du purgatoire porte à fonder des annuaires. Ainsi la mort nous fait vivre pendant tout le temps de notre vie, bien que l'âme, pour laquelle nous célébrons la messe, soit depuis longtemps chez le diable! »
Les convives : un évêque, un prêtre séculier, un bernardin, un moine mendiant, une religieuse, une servante de curé, se réjouissent de tout l'argent que leur rapportent les messes pour les défunts, mais ils se plaignent que l'usage s'en perde; c'est la faute de Luther ; « Le diable a ensorcelé les paysans! Ils ne veulent plus entendre parler du purgatoire !» « Ce sont les morts qui nous engraissent, » dit la servante du curé, et la religieuse ajoute :
« Les os des morts sont très savoureux! aussi, nuit et jour, nous nous en régalons! »
Le diable survient et chante, en s'accompagnant sur sa viole :
« Voici mes enfants préférés ! Sur la terre je n'ai point de meilleurs amis; aussi je leur joue de beaux airs pour les réjouir, afin qu'ils passent agréablement leur temps entre la danse, le chant et la musique, avant de sauter avec moi ad inferuum! »
Tandis qu'en d'autres satires on reprochait aux couvents d'encourager la mendicité par la distribution des aumônes, les mendiants se plaignent ici de n'avoir pas de quoi se nourrir, parce que les moines et les prêtres dévorent tout. Le paysan se plaint aussi du clergé :
« Il s'engraisse tous les jours à nos dépens ! A peine ai-je un morceau de pain à mettre sous la dent; je n'ai jamais assez d'argent pour satisfaire le prêtre, le moine et la nonne '. »
Une pièce de Gengenbach, composée quelque temps auparavant, les Prophéties de saint Méthode, pièce jouée en 1517, « par plusieurs dignes prud'hommes de la noble ville de Bàle, » fut reprise en 1345 à Strasbourg, et représentée par les jeunes gens de la bourgeoisie. Elle déborde de haine contre le Pape, les princes temporels et spirituels. « Nous sommes méprisés de tous, en Allemagne, » dit le Pape ; « mais nous nous en vengerons par les noyades, la potence et le bûcher, sans parler des supplices plus affreux que nous préparons tous les jours. Oui, nous pensons tous les jours à cette vengeance, et nous vous verserons un vin amer, car nous pouvons faire tout ce qui nous plaît, et nous saurons bien vous contraindre à nous obéir! Donc, Luther, garde ta Bible, je te ferai rendre gorge, comme je l'ai fait rendre à tant d'autres hérétiques de ton espèce. Ce sera là ton juste salaire -. »
' GoEDEKE, Pamphiluf! Gengenbach, p. 153-159. "Voy. p. 505, n» 9; p. 619-620. Voy. aussi B.icHTOLo, Deutsche Lilerulur, p. 281, et Annot., p. 73.
- Gqedeke, Pamphilus Gengenbach, p. 462-502. Sur le drame original (1517), voy. p. 77-116. Holstein (oie Reformation in Spiegelbilde der dramatischen Lite-