‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 449 sur 573 · THÉÂTRE SATIRIQUE — PAMPHILE GENGENBACII · texte numérisé non relu

THÉÂTRE SATIRIQUE — PAMPHILE GENGENBACII

Nicolas Manuel mêla le premier la passion religieuse et la haine du papisme aux farces de carnaval. Il dit. dans la préface de deux pièces de ce genre^ jouées à Berne en 16-22 : « Il faut que la vérité e'clate en des propos plaisants^ il faut livrer au mépris public le Pape et son sacerdoce, afin que le grand a^îme qui sépare l'Église romaine de Jésus, notre Rédempteur, soit clairement aperçu, t

Cette année-là même. Manuel se joignait, en qualité de greffier militaire, aux troupes mercenaires enrôlées par le roi de France François I" pour le recouvrement du fief impérial du Milanais. Après que Novare eût été pris d'assaut, les confédérés pillèrent les églises et les couvents, et leurs forfaits « crièrent vengeance au ciel ». « La digne ville de Berne » ordonna une enquête pour découvrir et châtier ceux que la rumeur publique accusait davoir volé des calices, sans parler de bien d'autres crimes : Nicolas Manuel était de ce nombre '.

Il est assez difficile de concilier de tels actes avec sa prétendue mission de réformateur.

La première pièce de Manuel transporte le spectateur à Rome. Le Pape Antéchrist, assis sur un trône magnifique, entouré de tous ses courtisans, voit sortir un cercueil de la maison voisine. Les prêtres et leurs concubines font éclater leur joie, à la pensée du « bon butin » que ce mort va leur procurer :

« Voici que la mort nous amène du gibier, » dit le Pape ; « nous pressurons, nous rançonnons le monde entier, et notre bonne pourvoyeuse, la mort, nous fournit la table, les biens, lor et l'argent. »

Le cardinal Anselme de Hautorgueil est altéré de sang et de carnage :

« Le sang chrétien a pour moi une saveur délicieuse, « dit-il, « voilà pourquoije porte un chapeau rouge! » L'évêqueChrysostome Ventrede-Loup raconte comment il s'y prend pour tondre ses ouailles : » En bon Allemand, je ne suis pas berger, » dit-il, « mais plutôt entremetteur. » Le doyen Écorche-Paysan s'écrie :

« Je me soucie peu de Jésus-Christ, s'il ne me donne pas un liard ! »

Qu'ai-je à faire de la Bible ou des prophètes ? Pour moi, ce ne sont que des contes de fée !

Un jeune moine se plaint du diable, qui la entortillé dans un capuchon dont il ne peut plus se défaire. Désormais toute sa vie ne sera qu'un long martyre. — Une béguine, au contraire, se montre très

rafur des sechzehnten Jahrhunderts, Halle, 1880) écrit : « L'Antéchrist apparaît déjà dans cet ouvrage, c'est le Pape, dont la domination va bientôt prendre fin. « Cela n'est pas exact; dans cette pièce, comme dans l'ancien drame de Tegernsee, il n'est question que de l'avènement et de la chute de l'Antéchrist (Voy. notre premier volume, p. 227).

' B.\CHTOLD, N. Manuel, t. XXVII.

252 TII?:ATRE satirique — PAMPllILE GENGENBACH

satisfaite de l'état qu'elle a choisi : elle est devenue très habile entremetteuse ; depuis quelque temps, ce bon métier lui rapporte beaucoup. — Des paysans maudissent les indulgences, au moyen desquelles on trompe le peuple ; un gentilhomme entre dans une telle colère contre les prêtres qu'il s'écrie ;

ï Vous êtes les porcs engraissés du diable, et pourtant vous vous faites appeler seigneurs, éminences I Nous devrions une bonne fois vous rosser comme il faut ! Que le tonnerre écrase la secte ointe et rasée f »

Un chevalier de Rhodes, venu pour demander au Pape des secours contre les Turcs, est dédaigneusement éconduit; « car une guerre contre les Turcs, » dit le Pape, « ne met point de lard dans mes carottes ! » Ce ne sont pas les Turcs, ce sont les chrétiens quil veut combattre et mettre à mort avec « son bon compère Charles-Quint » .

L'auteur dirige aussi ses attaques contre l'Empereur, « ami des Français, et vendu au roi de France. » Le roi est responsable tout aussi bien que le Pape, dit le chevalier, « de tout le sang versé dans la guerre contre les Turcs ! » Il maudit les vampires de la cour romaine :

« Vos cardinaux, votre troupe de tonsurés, ce sont des loups dévorants I Vous auriez dû vous faire bouchers, vous qui trouvez vos délices à répandre le sang et prenez plaisir à d'horribles massacres I Que le feu de l'enfer vous dévore, vous et tous ceux qui vous servent ! »

Survient un prédicant, lequel déclare que le Pape est au-dessous du dernier des porchers. Il demande aux « pieux vassaux » qui l'entourent s'ils sont bien instruits des « forfaits » du Pape. Leur réponse est éloquente : « Que Dieu le confonde, et que le tonnerre l'écrase ! » Le Pape fait enrôler des troupes pour de nouvelles boucheries. Saint Paul apparaît, et se montre indigné des crimes de la cour de Rome ; il appelle sur les coupables les châtiments du Seigneur; mais le Pape n'écoute rien, car il est occupé d'un grand projet : il médite une nouvelle indulgence :

« Qu'irions-nous faire à Rhodes ? Que le Turc confonde les chrétiens, qu'il les rôtisse ou les embroche, que nous importe? En ce moment nous avons bien autre chose à faire qu'à conquérir un pays ! »

A la fin de la pièce, le prédicant annonce l'avènement prochain de la vérité '.

Dans la seconde pièce de Manuel, Jésus-Christ paraît à la droite des spectateurs, monté sur un ânon, couronné d'épines, et suivi dune longue procession d'aveugles, de boiteux, de paralytiques et de men-

' BÄCHTOLD, N. Manuel, p. 31-192.

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