THEATRE SATIRIQUE ET PO LE M I S T E — B URKIIARI) WALDIS
à mentir, à tromper, à renier leur foi, à manquer à leur serment, à faire tort à leurs frères^, à répandre le sang. Le culte «' des faux dieux » leur a aussi permis l'assassinat. On assurait, scandale abominable ! qu'ils invoquaient Dieu et les saints avant de se livrer à la paillardise '.
Le culte de sainte Afra était immoral entre tous -. — Pamphile Gengenbach avait tenu un langage bien différent : « Les chrétiens,, » disait-il^ « doivent honorer Marie en tout temps :
Car elle obtiendra de son divin Enfant
Qu'il nous pardonne nos péchés.
Qu'il nous délivre de nos ennemis,
Qu'à notre dernière heure, il ne nous abandonne pas !
I\ 'est-elle pas notre unique consolation sur cette terre d'exil?
Certes, elle peut obtenir la grâce du pécheur!
Moi, Pamphile. j'ai bien réfléchi à tout cela,
Et j'ai composé ce chant à sa louange '! ■>
Tandis que les poètes suisses, dans leurs « pamphlets dramatiques », rivalisaient de haine et de fiel, l'ex-moine Burckard Waldis se servait dune parabole de l'Évangile pour couvrir comme d'un manteau sa polémique enfiellée. Sa comédie de carnaval, l'Enfant prodigue, écrite en bas-allemand, fut représentée à Riga en 1527*.
- Voy. ces rimes satiriques, F. H. .3''.
^ GœoEKE, Pamphilus Gengenbach, t. I,p. 53.
* Rééditée par G. Milchsack. Cette pièce mérite toute notre attention, parce qu'elle a été extrêmement vantée par presque tous les historiens de notre littérature. Gœdeke lui décerne les plus grands éloges dans son livre sur Waldis (p. 22 et suiv.). Ailleurs {Grundriss, t. II, p. 449) il dit : « Waldis débuta dans la carrière littéraire par un drame sur la parabole biblique de l'Enfant prodigue. C'est non seulement son meilleur ouvrage, mais encore l'un des plus importants de toute la littérature dramatique allemande au seizième siècle. Considérée au point de vue du développement personnel du poète, elle nous montre avec quel zèle il prit, à Riga, parti pour la Réforme. Considérée au point de vue local, elle ouvre un horizon nouveau dans un monde ine.\ploré; elle révèle une profondeur de pensée, une ampleui", dans la manière de comprendre le sujet, dont aucune pièce sur la même donnée n'avait encore approché. A supposer seulement dans les acteurs et les spectateurs une demi-intelligence d'un poème qui s'élève jusqu'à la Divinité, quelle devait être la culture morale et intellectuelle des esprits, à cette date, dans la petite ville de Riga! » " Le sujet n'avait pas encore été traité et, dans la suite, il ne l'a jamais été avec un pareil talent. » D'après Holstein (p. 130-153), l'Enfant prodigue est le chef-d'œuvre de la littérature dramatique au seizième siècle, non seulement eu égard à l'époque où la pièce fut composée, mais à cause de son mérite intrinsèque. La « grandiose conception du sujet » est, au.x yeu.Y d'HoIstein, son principal mérite. Milchsack dit à son tour (p. 6) : « Envisagée sous tous ses divers aspects, l'œuvre est d'une importance capitale. L'auteur établit avec un rare talent un parallèle entre les deux Eglises. « G. Buchmann {Burcart Waldis) appelle l'Enfant prodigue « une admirable pièce » : « L'Eglise romaine, avec sa justice extérieure et son attachement aux œuvres de la loi, est personniflée par le fils demeuré chez son père; et l'Eglise nouvelle, le dogme de la justification par la foi seule, sont Ogurès par l'Enfant pro-