‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 454 sur 573 · THEATRE POLEMISTE ET SATIRIQUE · texte numérisé non relu

THEATRE POLEMISTE ET SATIRIQUE

ces fléaux nous les devons à l'orgueil de Luther, comme Votre Grâce vient de le voir! C'est lui qui a troublé la terre, qui a porté les âmes au péché! Qu'en est-il résulté? L'autorité est méprisée, l'amour du prochain a disparu du monde; et pourtant le monde insensé est assez aveugle pour appeler doctrine chrétienne l'hérésie de Luther ! Oh f que cette folie lui coûtera cher ! Nous avons péché contre Dieu ? Si nous pouvions maintenant, avec patience, accepter la punition que nous a infligée le Père céleste, alors l'orage passerait, la foi chrétienne refleurirait; c'est le vœu que nous formons du fond du cœur V.«

' RiEDERER, Nachriclden, t. II, p. 226-239. On lit au bas de l'épître dédicatoire : « Hanus will Keller, donné à Rombacli, le 26 juin 1531, au sieur Georges de N..., capitaine à N... » Gœdeke (Grundriss, t. II, p. 227, n» 58) pense que le nom « Hanus will Keller » est un pseudonyme sous lequel il faut entendre Jean Cochlaüs. En dépit de laborieuses recherches, il m'a été impossible de découvrir cette pièce dans les bibliothèques que j'ai consultées. ** Grâce aux recherches de son ami Franz Falk, dont il se plaisait à louer le zèle infatigable, Janssen eut plus tard connaissance d'un exemplaire complet de cette pièce, conservé à la bibliothèque de Nuremberg Dans le Katholik (1889), t. I, p. 184, il se déclare d'un avis opposé à celui de Gœdeke. Il se demande s'il ne faut pas plutôt attribuer la pièce (imprimée en 1531 à Römbach et représentée la même année) à Jérôme Emser. Emser faisait ordinairement placer les armes de sa famille en tête de ses ouvrages (un casque et un bouclier à tète de bélier); Luther avait coutume de l'appeler par dérision : le « bélier de Leipsick ». Or on voit à la première page de la pièce en question un bouc et un bélier. En bas, ces vers :

« Bouc orgueilleu.\, renonce à ta vanité !

Ton bon temps est passé, chacun le méprise !

Le bélier est venu à bout de toi.

Maintenant, ta présomption est punie, c'est justice! »

Si Cochlaüs était réellement l'auteur de la pièce où figurent les principaux adversaires de Luther, n'y aurait-il pas placé Emser, l'un de ses ennemis les plus acharnés? Au contraire, l'absence d'Emser s'explique d'elle-même, s'il alui-mème composé la comédie satirique et n'a pas voulu se mettre en scène. Et plus loin : « Est-il possible d'attribuer à Cochlaüs ces vers dont nous admirons l'habile facture ? Or cet art de manier la rime, Emser le possédait » (Voy. notre second volume, p. 109-112, et p. 604-605). Beaucoup de ces citations rappellent le style du Bouc. On y trouve un passage emprunté textuellement à cette pièce : « Luther a excité les paysans à la révolte par ses écrits, et plus tard il a tiré son épingle du jeu, « etc., etc. Le maître d'école Jean Hasenberg fil paraître à Leipsick (1530) une pièce latine en quatre actes : Ludus ludentem Luderum ludens, satire dirigée contre Luther. Au premier acte, on voit paraître « Luderus » et sa femme Catherine; Luderus célèbre le jeu, le rire, la gaieté et la paillardise dans une sorte de chanson bachique. Catherine, avertie par un songe « étrange et effrayant », se dérobe à ses caresses et prend avec vivacité la défense des vœux religieux et de la chasteté. Au second acte, la Religion chrétienne, autrefois reine de l'Europe, se plaint de son exil et de sa détresse. Un « orateur chrétien » la console. Au troisième acte, paraît l'Hérésie, la nouvelle impératrice de l'Europe. Elle est accompagnée de ses deux suivantes : l'Emeute et la Bible falsifiée. Elle est fière de sa victoire. Au quatrième acte, Luderus et l'orateur chrétien se disputent au sujet de l'état actuel de la religion, et comme ils ne sauraient s'entendre, ils prennent pour arbitre de leiu" querelle « Philochristus « qui écoute les deux parties. Luderus est condamné à périr sur le bûcher, il est convaincu d'hérésie et de mille forfaits (Voy. Holsteix, p. 189-190, et F. Soffner, Ludus ludentem Luderum ludens, quo Joannes Hasenbergius Bohemus in Baccanhalib. Lypsiœ omnes ludificantem Ludioncm , omnibus ludendum exhibuit, Breslau, 1889).

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