‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 460 sur 573 · THEATRE SATIRIQUE ET P 0 LEM IS T E — T HOMAS KIRCHMAIR · texte numérisé non relu

THEATRE SATIRIQUE ET P 0 LEM IS T E — T HOMAS KIRCHMAIR

Néron et n'importe quel autre scélérat auraient pu de cette manière relever leur âme vers le ciel... Le paradis sera éternellement ton partage, mais il faut montrer la couleur de tes florins. >>

Cependant la conscience du malade ne lui laisse aucun repos. Le curé la traite d'hérétique et de sorcière, et voudrait lavoir périr sur le bûcher.

Lorsque le curé parle du sacrement de l'extrême-onction, le malade dit :

« Si nous étions chez un maître d'armes et que ma maîtresse dût me voir combattre^ l'huile me serait très utile pour oindre mes membres. Mais maintenant, c'est mon âme qui soutient un combat ! Garde ton baume pour toi^ je ne m'en soucie pas!

Pendant tout cet entretien, Satan, qui passe et repasse sur la scène, se livre à des gambades indécentes: le curé ne parvient pas à l'exorciser. Il prend le parti de s'éloigner, et le malade lui crie :

« "Va-t'en! Puisses-tu te casser le cou en chemin, et demain, descendre au fond de l'enfer ' î »

Le mourant désespère: mais Jésus-Christ envoie saint Paul à son secours. Saint Paul est assisté par Cosmas. son acolyte. L'apôtre administre au marchand un vomitif.

PACL

Cosmas, apporte le bassin! moi, je lui soutiendrai la tête!

LE MARCHAND

Encore!... Encore!

PAUL

"Vomis maintenant à cœur joie ! Vois, Cosmas ! Il vient de rendre, dans un haut de cœur, pèlerinages, aumônes, jeûnes, longues prières et beaucoup, beaucoup d'indulgences! Qui croirait qu'un vomitif ait tant de pouvoir?

LE MARCHAND

Oh ! si ma gorge était encore plus large ! . . .

PAUL

Enfonce deux doigts dans ton gosier.

COSMAS

Qu'est cela? Voilà qu'il rend des cierges, des ornements d'église,

' Les ridicules conseils du curé sont, au dire d'Holstein (p. 200), « entièrement conformes à la doctrine catholique. C'est à ces mêmes conditions que le catholique de nos jours se croit justifié et sauvé. »

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des calices, des autels entiers, une paire de doubles chaussures quïl avait fait faire pour le pèlerinage du curé !

PAUL

Quel homme es-tu donc?

Pensais-tu pouvoir aller au ciel avec un pareil estomac?

Paul enseigne au malade qu'il n'a qu'une chose à faire : croire en Jésus-Christ; par un seul acte de foi, il sera purifié de tous ses péchés. Au cinquième acte, Jésus-Christ entre en scène, et dit:

« Satan a fait une grande chose le jour où il a inventé l'Église romaine ! il a si bien conduit l'affaire que rien n'empêche davantage les hommes d'entrer dans mon royaume. 11 y en a peu qui mettent toute leur consolation dans mes souffrances. Tout le monde demande le salut à Rome, et cependant le Pape est le fidèle serviteur du démon ! Oh ! que d'âmes il lui apporte ' ! »

Marchant sur les traces de Kirchmair, Jean Chryseus, d'Allendorf en Hesse, publia en 1545 : Le Démon de cour, ou le sixième chapitre de Daniel mis en forme de pièce rimée, pour la consolation des bons et l'avertissement des impies-.

« On a choisi ce sujet de démon de cour pour bien montrer, en s'appuyant sur Daniel, le pouvoir et l'influence que le diable exerce sur les grands. »

Dans l'épître dédicatoire, adressée aux ducs Jean-Frédéric et Jeau-Guillaume de Saxe (les fils de l'Électeur Jean-Frédéric), l'auteur s'élève avec violence contre les papistes pervers dont la fureur n'a point de bornes. Leurs attentats maudits, leurs perfidies, leurs complots sanguinaires ourdis par le diable, ont failli causer la perte de l'Électeur Jean-Frédéric et de ses amis. L'Incendie de Kirchmair venait de le prouver; on avait pu voir, par ce drame admirable, combien ces infortunés avaient été proches de la gueule du lion. La pièce vise principalement Albert de Mayence et Henri de Brunswick,

' "E. Schmidt et Boite portent le jugement suivant sur cette comédie, dans leur édition de Pammachius (Introd., p. vi) : « La scène où le curé se tient au chevet du moribond, contredit par la conscience du pécheur et attaqué par le démon, jusqu'à ce qu'il soit forcé de se retirer avec son impuissante pharmacie , celle où saint Paul, le grand docteur d? la grâce, et Cosmas, le céleste médecin, auscultent le marchand bourrelé de bonnes œuvres et lui font restituer, grâce à un énergique vomitif, les dons faits aux églises, les messes, les indulgences, etc., sont d'un comique achevé, ce sont de vrais chefs-d'œuvre de cette époque aristophanesque. »

- Sur les diverses éditions de celte pièce, voy. Goedeke, Grundriss, t. II, p. 361, n» 149. « Le diable de cour, » dit Holstein (p. 100), « appartient aux drames les plus remarquables de l'époque; il a donné naissance à toute la littérature satanique du seizième siècle » (Voy. Holstein, ZeUschrift fur deutsche Philologie, t. XV^IIl, p. 437.)

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« les très dociles créatures du diable de cour. » Ce dernier, entrant en scène déguisé en moine, dit en parlant des deux princes :

« J'ai en eux de dignes alliés ! Ils me dépassent presque en scélératesse ! Aussi vais-je faire tous mes efforts pour qu'ils ne m'échappent pas, mais demeurent toujours à mon service. Combien Beizébuth se réjouira lorsqu'il apprendra que j'ai soumis à son empire et à sa volonté d'aussi puissants seigneurs ! Il y a là de quoi le consoler de la perte de Pammachius! Quant à celui-ci, il n'y a rien à en faire! Sa perversité est par trop notoire ! Une chose qui me ravit, c'est de penser que Beizébuth lui a donné en récompense la triple couronne ! Il se souviendra aussi de mon zèle! Il me donnera bien, sinon deux, trois, au moins une couronne '! »

« Pour complaire aux chers enfants chrétiens qui ne savent encore rien du Pape et de sa doctrine. » « un pieux allemand » publia en cette même année rio4o) le Conseil présidé par le Très Saint-Père Paulin et par les cardinaux avant l'ouverture du concile de Trente. L'auteur y a mêlé des hymnes et des collectes en usage chez les papistes^ pour se railler « du Pape et de sa valetaille »^ et bien prouver « qu'on ne faisait aucun cas de ses jongleries ». Le frontispice représente le Pape et les cardinaux siégeant en assemblée solennelle. Sur leur tète planent trois hideuses figures de démons. Le premier acte débute par le chant d'un office latin dont les paroles sont tirées du rituel romain (ceremoniaii romano). Ensuite le Pape et les cardinaux se rendent au consistoire. Le Pape donne la bénédiction, et le doyen des cardinaux promet au « dieu terrestre » qu'on n'opposera pas la moindre résistance à ses volontés. Le chancelier prend alors la parole : « Pour le malheur de la chrétienté, une doctrine bizarre et grossière a été introduite en Allemagne par un misérable apostat nommé Luther. Tout récemment, ce damné scélérat a insulté publiquement le concile convoqué par le Pape, dans un monstrueux pamphlet intitulé : La Papauté fondée par le diable. Le Pape demande qu'avant l'ouverture du concile, on s'entende sur ce qu'il convient de faire pour arrêter les progrès du mal. >

'< Cherchons ensemble comment nous nous y prendrons pour nous débarrasser de ce Luther. «

Les membres de l'assemblée délibèrent. Laissera-t-on le pamphlet sans réponse, ou le réfutera-t-on ? Gardera-t-on le silence jusqu'au concile pour agir ensuite avec plus de vigueur? L'un des cardinaux opine pour le silence; faire un éclat, ce serait fortifier Luther dans sa malice :

« Qu'il reste couché dans son bourbier d'hérésie ! Il habite l'Alle-

' Sur l'usage de revêtir les démons du froc du moine, voy. G. Ellinger, Zeitschrift für Vergleichende Literaturgeschichte, nouvelle suite, 1. 1, p. 174 et suiv.

magne, et nous sommes citoyens de la noble Italie : d'ailleurs nous n'obtiendrions rien de lui. »

Un autre cardinal propose, au contraire, lemploi de moyens violents : il faut envoyer les hérétiques au bûcher.

« Il m'est impossible d'avoir un autre avis. Il faut se défaire de tous ces misérables ! >'

Un troisième dit :

« Avouons que nous autres prêtres, nous n"avons jamais valu grand'chose ! Une réforme ne nous ferait pas de mal ! »

La querelle s'engage entre les cardinaux; enfin le Pape décide que quatre d'entre eux, précédés par le chancelier, iront demander conseil à saint Pierre. Mais auparavant, il veut bénir les ambassadeurs comme il a coutume de bénir les pèlerins ; il se rend avec eux à Saint-Pierre, et la cérémonie de la bénédiction a lieu selon toutes les règles, avec les versets latins, les prières, les collectes et les hymnes usités en pareille circonstance.

C'est ainsi que, pour la seconde fois, le culte catholique est publiquement tourné en dérision.

La mission des délégués romains est le sujet du second acte. Devant la porte du ciel, ils trouvent Jules II qui attend vainement, avec trois de ses plus fidèles amis, le moment où il sera admis dans le ciel. Il se plaint de l'insolence de saint Pierre. Le chanceUer frappe à la porte et, comme saint Pierre ne lui ouvre pas, il dit :

« Allons, je vais frapper une seconde fois ! Peut-être a-t-il fait la noce la nuit dernière! A l'heure qu'il est, il est probablement couché sur le banc; voilà pourquoi il tarde tant! »

Enfin Pierre répond à un troisième coup de marteau ;

« Jésus-Christ me défend de vous répondre ! il ne veut pas que je vous ouvre maintenant, à cause de toutes vos saletés! Fi! Toute la troupe céleste était en train de louer Dieu, la musique était admirable, les chants harmonieux, et voilà que vous portez ici votre infection, votre abomination, vos excréments empestés! Vous avez fait tout manquer ! »

Saint Pierre fait ensuite un long discours, auquel il mêle les propos les plus grossiers. A Rome, il n'y a que des coquins et des scélérats, des larrons et des assassins, des traîtres, des graisseurs de cloche, des malfaiteurs chargés de tous les crimes.

L'archange Gabriel paraît, apportant la réponse du Seigneur :

« Voici ce que dit le Dieu Sabbaoth : « Je ne te connais pas, troupe « impie ! Ton concile n'est que fange et qu'ordure ! »

Les délégués peuvent porter cette réponse à leur Antéchrist. Cependant l'archange leur remet une lettre à son adresse.

Au troisième acte, les ambassadeurs rendent compte au Pape et

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aux cardinaux de leur mission, et lui remettent la missive dont ils sont chargés. Le Pape la lit;, la déchire ensuite avec colère, et évoque le diable. Satan paraît et prononce un long discours qui se termine ainsi :

« C'est bien ! Continuez ainsi, mes fidèles serviteurs I Viendra le temps où je vous récompenserai selon vos mérites! Et maintenant adieu! En souvenir de moi, je vous laisse mon ordure! »

Sur quoi le Pape s'écrie :

'< Fi! fi! 0 sancta Maria! 0 sainte Geneviève et tous les saints, priez Dieu pour nous ! Fi ! fi ! Quelle infection ! Mille démons ! quelle odeur! »

Le Pape et les cardinaux se sauvent, qui d'un côté, qui d'un autre.

Cette pièce, composée spécialement « pour complaire à l'enfance chrétienne ' » , se terminait par le cantique de Luther :

« Maintiens-nous, Seigneur, dans ta parole, et confonds l'homicide du Pape et du Turc ! »

Ce chef-d'œuvre donna sans doute l'idée au zélé dramaturge protestant, Joachim Grefî. de bafouer, lui aussi, sur la scène le culte idolâtre des papistes (1546)*. Greff appartenait au cercle de Wittenberg; il était depuis 1541 maître d'école à Dessau, et déjà il avait composé un grand nombre de pièces contre la Papautés II était fort mécontent des hommes, et la commune de Dessau était, de son côté, très mécontente de lui. « Je ne cacherai pas à Votre Grâce, » écrivait à son sujet unprédicant de Dessau au prince Georges d'Anhalt, « que presque tout le monde se plaint ici du maître d'école. Il néglige d'une manière déplorable les enfants qui lui sont confiés, alors qu'il devrait consciencieusement les instruire. J'ai entendu dire que les parents

' "Voy. RiEDERER, Xachrichten. t. II, p. 238-248, 333-372. « Je croirais volontiers, )> dit Biederer (p. 240), « que cette pièce a été imprimée à Wittenberg, quand bien même sa ressemblance avec l'édition imprimée dans cette ville chez Georges Rhau ne serait pas aussi grande qu'elle l'est en réalité. Elle n'a pas été publiée à l'insu de Luther. » Gcedeke (Grundriss, t. II, p. 333, n» 12) en signale deux éditions.

' Holstein, p. 144. Voy. p. 228.

^ Guillaume Scherer (Deutsche Studien, p. 241) dit à son sujet : « Son mérite poétique est mince. Les arguments qui le frappent et qu'il expose n'ont pas une grande portée, et son prosélytisme n'est pas très inventif. Dans le drame d'Abraham et dans celui de Judith, il n'est jamais plus en verve que dans les scènes d'auberge, et quand il est question de bien boire et de bien manger (p. 233). Sa prolixité le rend souvent insupportable. En un mot, dans l'histoire de la littérature dramatique, son rôle est plus fastidieux qu'agréable. » Sur l'édition donnée par Scherer, voy. Holstein, Archiv für LHteraturgeschichie,t. X, p. 154-168. « Quand même, » dit Holstein, « tous les critiques partageraient l'opinion de Scherer, Grefi' n'en serait pas moins l'un des auteurs dramatiques les plus remarquables du siècle de la Réforme. Il mérite d'autant plus d'attirer l'attention qu'il appartient aux littérateurs qui se sont toujours fidèlement groupés autour des chefs de la Réforme. »

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sont obligés d'envoyer leurs enfants dans une commune voisine, à leur grand préjudice, les pauvres gens! Ils se proposent de présenter une humble supplique à Votre Grâce, afin qu'elle daigne leur procurer un autre maître d'école, car celui-ci est très obstiné, et n'en fait qu'à sa tête '. » Quand à Greff, il se plaignait depuis longtemps de la ruine de toute discipline. A lentendre, en Allemagne, personne ne se souciait plus ni des lettres ni des arts, plus de règle, plus d'honneur, plus de crainte de Dieu, et les enfants étaient élevés dans le vice.

« Bien boire, beaucoup manger, voilà notre ambition; jurer, insulter, etc., c'est la science que cultivent maintenant riches et pauvres, et naturellement nous enseignons à nos enfants ce que nous savons nous-mêmes. Sont-ce là les mœurs qui contribuent à la prospérité d'une ville? De cela, je doute fort^! »

Il est intéressant de voir avec quelle estime Greff parle du théâtre du moyen âge, et du but qu'il se propose. « Par la représentation des mystères, nos ancêtres pensaient porter les âmes à la piété, à la dévotion. Dans le mystère de Sainte Dorothée, ils cherchaient à prouver qu'on ne doit se laisser détourner de Dieu, de sa parole et de son amour, ni parla persécution, ni par l'adversité, ni par aucune épreuve. Sainte Dorothée était un beau modèle, car elle a mieux aimé perdre la vie pour le Christ et sa parole que servir les idoles et renier le vrai Dieu. On peut en dire autant du mystère de Saint Jean-Baptiste, et de beaucoup d'autres. » Dans l'absolu mépris où les lettres et les arts étaient tombés, il y avait encore, dans les écoles, disait Greff, une petite étincelle qui couvait sous la cendre, et qu'avec peine et persévérance on devait avoir grand soin d'aviver. Par la représentation de bonnes comédies, il fallait encourager la jeunesse à l'éloquence, au courage, à plus d'initiative : « Les pièces vraiment honnêtes, chastes, sages et chrétiennes, devraient être plus souvent données; on arriverait ainsi à diminuer les blasphèmes, les meurtres, les excès de table, la débauche, et quantité de péchés ^ » Au nombre de ces pièces « honnêtes, chastes, sages et chrétiennes », Greff mettait sans hésitation l'œuvre de Kirchmair et louait « cette belle peinture du papisme * », et aussi le Conseil du Pape Paul III; il vantait également la moralité de ses propres drames, de sa Judith, par exemple, dans laquelle il souhaitait à la tyrannie papiste le sort d'Holopherne ^ Il s'applaudissait aussi « de sa belle et nouvelle pièce.

' Holstein, p. 144-145.

- Ibid., p. 46.

^ Ibid., p. 49-50, * Ibid., p. 139.

5 Ibid., p. 104.

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tirée des dix-huitième et dix-neuvième chapitres de l'évangéUste Luc ». Nous trouvons dans le livret de cette pièce ces indications : « Les changeurs que le Christ chasse du temple ne sont autres que l'armée du papisme : courtisanes, prêtres de saint Antoine, messagers de saint Valentin, moines et nonnes. On pourra remplacer les vendeurs par toute la bande ecclésiastique : Pape, cardinaux, évéques et tous les tonsurés. L'un porterait un goupillon, l'autre un encensoir, un troisième un objet, un instrument quelconque servant et appartenant à leur commerce papiste et à leur culte idolâtre '. »

Dans le Jugement deSalomon, comédie de Jean Baumgart', le diable raille l'eau bénite, le sel consacré et la bénédiction que le Pape et ses prêtres donnent aux fidèles '.

Le duc Henri-Jules de Brunswick n'eut garde d'oublier linsulte envers « ridolâtrie papiste » dans sa tragi-comédie de Suzanne, représentée à sa cour devant les plus hauts personnages. Le clown raconte à Helkia, le père de Suzanne, qu'il a volé dans une église un dieu de bois et qu'il lui rend un culte, car « le saint homme de Rome », le Pape, a ordonné à ses fidèles d'adorer non seulement Dieu, mais aussi les hommes, la Vierge Marie, saint Paul et quantité d'autres saints. Helkia soutient qu'on ne doit adorer que Dieu seul : « Mets-tu donc le Pape au-dessus de Dieu? Crois ce que je te dis, et renonce à la doctrine du Pape, car c'est la doctrine du démon*. » Dans les Vierges sages et les Vierges folles, drame de Christophe Brockhagen, étudiant de Rostok, la plus âgée des vierges folles, Babylonia, symbolise l'Église romaine; son amant, le roi trèschrétien, lui envoie la tète d'un prince ennemi qu'il a fait assassiner; l'Allemagne nage dans le sang; la France succombe, et c'est Babylonia qui, pour accroître sa puissance, a exigé cette hécatombe». Jusque dans une comédie de Noël, le prédicant Christophe Lassius trouve moyen d'outrager la Papauté : € Le Pape est l'Antéchrist; nous le disons tout haut, sans rien craindre I N'espérez pas que nous nous en repentions jamais! Quand même ce serait le diable en personne, nous n'aurions pas peur de lui, car notre Dieu règne dans le ciel"! »

La belle et nouvelle tragédie sur l'origine et la fin du monde, contenant

' ScHERER, Studien, p. 239; Holstein, p. 143-144. Voy. p. 228.

* GœoEKE, Grundriss, t. II, p. 392 ; Holstein, p. 80-81. 2 Badmgart, acte V, scène vu.

* Schauspiele des Herzogs Heinrich Julius, p. 21-22. Hans Ackermann, dans son drame spirituel de ro6i;e(lo39). avait voulu combattre le papisme, qui, « pour la gloire et le profit de Satan, a mis en honneur, par mille mensonges, l'état ecclésiastique voué au célibat, en glorifiant le célibat et le mettant au-dessus du mariage j> (Ackermann, Dramen, introduction, p. ii).

» Holstein, p. 142.

* I. BoLTE, Ein Spandauer Weihnachtspiel {loi9), p. 112-113.

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