JÉSUS-CHRIST
0 vipère de cœur et de pensée ! Comment espères-tu échapper à l'enfer?
Il appelle les démons :
« .\llons. bourreaux! Asmodée^ Bélial! vous tous^ innombrables démons, venez, hâtez- vous, accourez, vous dis-je, ne soyez pas lents à punir ! Jetez cet infâme ainsi que tous ses compagnons au plus profond de l'enfer! »
Après que le Pape. Hosius et Campeggio ont maudit ceux qui leur ont donné la vie, ils sont entraînés par les démons; un semblable sort attend Zwingle, Carlstadt, Schwenkfeld, un moine, un anabaptiste et une nonne. Comme les diables tardent un peu à les emmener, Jésus-Christ les presse :
« Qu'attendez- vous, démons? Emportez-les dans vos griffes aiguës! Et vous, maudits, allez au feu éternel ! Que le diable soit votre éternelle compagnie ! Dès le commencement, ce sort vous a été réservé. Allez ! »
Luther et Brenz attendent le Christ; il ne tardera pas à reparaître. ' Acte III, scène m.
Aussitôt son retour, il les admettra dans son royaume, ils en ont le ferme espoir. Des voix s'élèvent: on entend le Christ et les élus qui chantent le cantique de Luther :
Maintiens-nous, Seigneur, dans ta parole, Et confonds l'homicide du Pape et du Turc!
Satan et les damnés chantent de leur côté :
Maintiens la sainte Église romaine, ô Dieu! Et détourne de nous l'infamie de Luther!
Satan adresse à Dieu cette singulière prière : « Exauce le Pape Plus, mon fils, qui a demandé à le précipiter de son trône ! Montre ton pouvoir, ô Vierge pure! Marie, garde Rome en ma puissance; protège toute la chrétienté, afin quelle te loue éternellement! »
Un paysan définit assez justement le grand mal de lépoque : « En fait de religion, » dit-il, « autant de têtes, autant d'avis; personne ne sait plus ce qu'il faut croire : celui-ci se donne au Pape, lautre préfère le docteur Luther, le troisième monte l'escalier d'Ulrich Zwingle, d'autres penchent pour Schwenkfeld. Il y a même des Majoristes, puis encore une troupe de Calvinistes; quelques-uns sont Flaciniens; d'autres entrent dans l'ordre des Anahaptistes I L'hydre de Lerne égorgée par Hercule avait moins de têtes que l'hérésie de nos jours, et chacun s'érige en juge des choses de la foi ! »
Quand on est débarrassé d'une secte, il en surgit aussitôt dix autres :
« Hélas! il n'est que trop vrai! Par le temps qui court, les âmes ne trouvent pas facilement le sentier du salut, et nous ne voyons que trop clairement combien il est rare, combien il est difficile, parmi les querelles, les disputes, l'envie, la jalousie, que la parole de Dieu soit annoncée et comprise ! ' »
Lutherus redivivus, nouvelle comédie sur la longue et scandaleuse dispute dont la Cène a été l'objet, montre à quel point ce paysan disait vrai. Elle est de Rivander, surintendant de Bischofswerda. Elle résume plus de trois cents écrits de controverse, et donne naturellement la victoire à Luther *. L'année suivante, le cr>q:)to-calviniste Pierre Strauber, surintendant de Sorau, se débarrassait de son plus violent
' Acte I", scène i. Strauss {Frichlin, p. 125) regarde ce drame comme une composition singulièrement confuse et embrouillée. Gênée (p. 205) trouve que, considéré au point de vue comique, c'est un prodige d'insipidité. En revanche, Holstein (p. 62) déclare que c'est un des drames les plus remarquables de l'époque. Ce n'est que « de loin en loin », selon lui, qu'on v rencontre des traces de fanatisme (p. 229).
2 Holstein, p. 231-233; Gottsched, t. H, p. 237-240. H est facile de comprendre que tout mi système de controverse se cache dans ces rimes insipides et rudes.