TRAGÉDIE DES SORCIÈRES
le bénéfice de tous les pieux chrétiens, afin que l'engeance des sorcières fût connue et que leurs forfaits parussent au grand jour.
Quatre diables et six sorcières ont des rôles dans cette pièce. On y entendait en outre un certain nombre « dorateurs », s'entretenant ensemble des sorcières qui font le beau et le mauvais temps, qui voyagent, ou qui ont des commerces amoureux avec le diable; ils parlent aussi des paroles magiques et des signes diaboliques des sorcières, des incubes et des goitreux, des métamorphoses des sorcières en créatures sans raison, et de beaucoup d'autres sujets semblables, toujours avec de nombreuses citations, empruntées aux théologiens les plus écoutés, surtout à Luther, qui a tant écrit sur les maléfices des sorciers et qui leur attribuait ses maladies'. Vingt-quatre conseillers, trois avocats, un curé, deux bourreaux, un valet de bourreau, trois clowns, un magicien, un ange, enfin la Mort, étaient tour à tour entendus. « En abrégeant beaucoup de passages, en se bornant aux récits les plus saillants, on pourrait aisément, » dit fauteur, « faire jouer la pièce en moins de trois heures, et le reste pourrait être lu avec profit à la maison. » Birck rapporte entre autres choses le voyage aérien de deux sorcières et les tours pendables que leur jouent deux démons. Le prologue dit :
« Tout à coup paraît le monstre Ohalibana, monté sur un chameau; il parle à haute et intelligible voix. Le chameau remue sa houppe et fait aller sa tête à gauche et adroite. La sorcière lui montre un enfant métamorphosé en chat; on peut très bien voir Tanimal sautant tout autour d'eux. »
Suivent plusieurs procès de sorciers; lun deux avoue plus d'un forfait pendant la torture.
Il se montre pourtant arrogant et ne témoigne ni repentir ni pénitence. On l'enferme dans une tour. Un démon survient, met le pied sur lui et l'écrase comme un ver.
Son corps n'en est pas moine brûlé sur le bûcher. Une sorcière est capturée; mais pendant la torture elle ne veut rien avouer.
Elle supporte les tourments avec intrépidité, et telle est sa malice qu'en la fouillant on a trouvé sur elle, bien dissimulé, un parchemin diabolique qu'elle tenait caché dans son corset. Aussitôt qu'on
gart, se termine (p. 72) par le résumé de la scène m de l'acte II : « Quatre personnes s'entretiennent des voyages aériens des sorciers et rapportent d'extraordinaires aventures; elles parlent aussi de diverses apparitions d'anges gardiens. Elles arrivent à conclure que, bien que quelques personnes aient fait réellement des voyages à travers les airs, cette faculté n'est point commune à tous les sorciers, comme ils ont coutume de s'en vanter, et qu'en général ils ne peuvent voler que dans l'étroit petit espace qu'il est donné au corps humain de franchir; elles pensent que tout ce qu'on raconte en dehors de là n'est qu'illusion et prestige diabolique. »
' Hexenspiegel, p. 26 et suiv., 67-68.