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TRAGÉDIE DES SORCIÈRES

le lui a pris, elle avoue beaucoup de crimes détestables, entre autres des meurtres denfants; elle a avoué aussi sans hésitation ni subterfuge qu'elle a signé de son sang un pacte avec le diable et qu'elle s'est vouée par serment à l'éternel brasier.

Lorsque, après l'enquête, la véracité de ses aveux est établie, son arrêt est prononcé. Il porte : « Elle sera brûlée vive aujourd'hui même, avec l'homme qui est enchaîné à côté d'elle et lié à la colonne. »

Un pasteur exhorte la malheureuse à la pénitence; elle demande le sacrement. Ensuite le bourreau la conduit au repas du condamné et fait tranquillement préparer le bûcher. « Pendant ce temps, deux clowns se livrent à toutes sortes de gambades et de gaudrioles avec les aides du bourreau. »

» Ils parlent de beaucoup de graves et importantes questions, » dit le livret; « quiconque les écoute rit jusqu'à en crever. »

Sur le bûcher, la sorcière est très abattue, mais le pasteur la console. Il se met en prières, il évoque le diable, et celui-ci paraît; le pasteur l'oblige à reprendre le pacte conclu avec la sorcière; Satan est saisi de terreur.

L'ange Uriel est envoyé du ciel, il met le démon en fuite et Satan disparaît en un clin d'œil, comme un singe.

La pauvre femme « est entièrement réconfortée » et marche à la mort en témoignant un vif repentir '.

Outre « la joie non pareille » que lui faisaient éprouver les diables et les diableries, le peuple de la fin du seizième siècle trouvait un plaisir encore plus dépravé dans les représentations données par les troupes de comédiens étrangers qui vinrent à cette époque s'établir dans plusieurs villes d'Allemagne. On les désignait généralement sous le nom de « comédiens anglais », bien que des troupes françaises et italiennes contribuassent aussi au divertissement populaire.

Ces comédiens se souciaient peu de religion, encore moins de disputes théologiques. Ils ne représentaient en général que des pièces purement profanes, et beaucoup de poètes allemands les suivirent dans cette voie.

' On peut se rendre compte, en lisant le livre de Wrigh sur la sorcellerie, du rôle important que jouait la croyance aux sorciers dans la littérature dramatique anglaise sous les règnes d'Elisabeth et de Jacques I". Voy. Wrigh, Sorcery, t. I, p. 286-296, cité par Lecky, t. I, p. 82, note 1.

3. LE THÉÂTRE PROFANE. — TABLEAUX DE MœURS ET d'aCTUALITÉS LES COMÉDIENS ANGLAIS

En Allemagne, Hans Sachs fut, au seizième siècle, le plus fécond pourvoyeur du théâtre profane. Il a écrit plus de cent tragédies, comédies ou pièces comiques, tirées de la mythologie, de l'histoire, de la légende ou du roman, sans compter un grand nombre de moralités et de farces. Par linfmie diversité des sujets, il rappelle Lope de Vega et Calderon, mais sous tous les autres rapports il ne peut être comparé à ces grands maîtres. Quand il développe un sujet, son point de vue est toujours restreint. C'est une nature honnête, mais essentiellement médiocre et dépourvue de tout sens poétique. Il ne s'élève guère plus haut que les ouvriers que fait parler Shakespeare dans le Songe d'une nuit d'été. Comme eux, il avertit fréquemment le public de nètre pas inquiet pour la vie des acteurs, « car tout a été si bien prévu qu'aucun accident ne peut se produire. » Dans une comédie où Pallas plaide la cause de la vertu et Vénus celle de la volupté, le héraut de Pallas et le diable échangent de vigoureux coups de poing, Épicure est roué de coups par Satan, Cacus^, chargé d'exercer une haute magistrature sur le Parnasse^ lui administre une rude correction et chante ensuite une chanson morale'. Les dieux, les héros et les héro'ines de l'antiquité, les Horaces et les Curiaces, Jocaste, Circé, Ulysse, Énée, Cyrus, Alexandre, Romulus et Rémus ne sont, dans les rimes de Sachs, que des ouvriers et des ouvrières des corporations de Nuremberg; on peut en dire autant de Siegfried, de Griselidis, de la reine de France, du faux maréchal, de l'impératrice persécutée et de la belle Marina.

Le poète rend avec fidélité les sentiments honnêtes et purs : amour de fiancés ou d'épouse, amour fidèle, amour paternel ou filial, patience, obéissance, confiance en Dieu; mais c'est presque toujours dans le même style plat et terre à terre. Tout ce que son sujet renferme d'héroïque, de vraiment tragique, d'émouvant, de profond, le

' Voy. Devrie.nt, t. I, p. 101-106; Holstein, p. 70 à 72. Yoy. L. Lier, Studien xur Gesch. des Niireviberger Fastnachlspiels I, Nuremberg, 1889. Voy. p. 37 et 8uiv.

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