‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 477 sur 573 · THÉÂTRE PROFANE — HANS SACHS — JACQUES AYRER · texte numérisé non relu

THÉÂTRE PROFANE — HANS SACHS — JACQUES AYRER

dépasse et reste inexprimé. Avec une prédilection marquée, il s'attache à peindre la vie de tous les jours, dont il saisit à merveille les côtés comiques. Dans ses comédies de carnaval, il est tout à fait sur son terrain. Lorsqu'il critique les mœurs du siècle et sïnspire du spectacle qu'il a sous les yeux, son observation est pénétrante et même assez fréquemment spirituelle. Là aussi, comme dans ses pièces sérieuses, domine toujours la morale d'un honnête homme et d'un homme de bon sens. Il raille les folies du siècle, sans épargner aucune condition, et flétrit impitoyablement les vices. Malheureusement, son langage est souvent d'une crudité déplaisante, ou bien il tombe dans un genre burlesque et bas.

Aucun des imitateurs de Sachs n'a égalé sa prodigieuse fécondité, aucun n'a obtenu plus que lui l'applaudissement de ses contemporains. Quant à la fertilité du talent, Jacques Ayrer, procureur de Nuremberg (tl605), est l'auteur contemporain qui l'approche de plus près. La plupart de ses nombreux opéras ont été composés en un jour. La tragédie de Lazare, qui a plus de 2,000 vers, fut achevée en neuf jours '. Ayrer, comme Sachs, cherche à développer dans ses pièces un principe de morale; mais la simplicité, l'honnête bon sens de Sachs lui font défaut. Ses comédies de carnaval n'ont point de gaieté, d'humour populaire, et dégénèrent vite en licence vulgaire. Il cherche à flatter son public par des artifices grossiers, par l'apparition de géants ou de nains, de sauvages, de dragons vomissant des flammes, par une musique étourdissante, des scènes de magie, de meurtre, de potence ou de pugilat'^.

Même dans un grand nombre de pièces sérieuses et morales se retrouvent les goûts et les tendances de l'époque ^ Dans la comédie du Mauvais Joueui\ de Thomas Birck, les compagnons de Barrabas (le joueur) font pleuvoir sur lui une grêle de coups si bien assénés qu'il pense en perdre la vie. Gomme on lui a volé ses habits, il est réduit à dérober un pourpoint ; il est conduit en prison et mis à la question. Le bailli Félix fait chercher le bourreau :

« Lysia, hàte-toi ! cours chercher le bourreau, dis-lui de se hâter et de prendre avec lui les cordes, les chevalets, les pinces ! »

' Gervinus, t. III, p. 116.

« Voy. Devrient, t. I, p. 156-158. Gervinus (t. III, p. 1J7) dit : « Si l'on veut se faire une idée juste de la grande supériorité d'Hans Sachs sur les auteurs dramatiques de son temps, il suffira de comparer ses pièces de carnaval à celles d'Ayrer. Certes on trouve dans le répertoire de l'honnête cordonnier plus d'une farce grossière, mais aussi beaucoup d'autres qui, par le bon sens, la moralité du sujet, vont bien au delà d'une simple arlequinade. Le répertoire d'Ayrer, au contraire, ne se compose presque exclusivement que de grossières fact'ties sur le mariage ; ses meilleures plaisanteries sont ordurières. « Le style est généralement sans vigueur et sans originalité » (Tieck, t. I, p. xxi).

» Voy. plus haut, p. 302.

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